Denis Gorteman (CEO D’Ieteren Auto) : « Rembourser son logement avec un budget de mobilité est une aberration ! »
Figure bien connue du secteur automobile en Belgique, Denis Gorteman est le CEO de D’Ieteren Auto. Fort d’une longue expérience dans la distribution automobile et la gestion de réseaux de marques, il dispose d’une vision globale et stratégique des enjeux actuels de la mobilité, tant pour les clients privés que professionnels. Son expertise du marché fleet et son regard sur l’évolution du secteur font de lui un interlocuteur particulièrement pertinent à l’heure où la distribution automobile se transforme en profondeur. A l’occasion du salon de l’auto, link2fleet a pu le rencontrer pour un entretien sans langue de bois.
link2fleet : Monsieur Gorteman, pour débuter et comme nous sommes ici sur le salon de l’auto, quel bilan en tirez-vous après quelques jours ?
Denis Gorteman : « Malgré tout ce qu’on peut entendre sur le secteur automobile, le succès de cette 102eédition du salon prouve que le belge porte toujours la voiture dans son cœur. Cet engouement extraordinaire se traduit aussi dans les visites en concessions. Dans tout le pays, les showrooms accueillent de nombreux visiteurs. Je vois aussi deux fois par jour les chiffres de vente et je peux vous dire qu’on est content. L’année démarre bien, avec une hausse de 20% des ventes pour l’instant et nos équipes sont gonflées à bloc. »
l2f: Depuis plusieurs années déjà, le groupe D’Ieteren occupe un palais entier du Heysel, avec non seulement toutes ses marques automobiles, mais aussi tous les services connexes, comme les bornes de recharge, les solutions de mobilité alternatives, les vélos Lucien, etc. C’est une stratégie qui paie ?
D.G. : « Le fait d’avoir tous les produits et services de D’Ieteren en un seul et même endroit permet au client de pouvoir se rendre compte de tout ce que nous pouvons lui offrir. Pas simplement en matières de voitures donc – même si la voiture reste centrale, surtout sur un salon de l’automobile -, mais aussi avec tout ce qui touche à la multimodalité et toutes les solutions technologiques qui vont permettre au client d’utiliser les transports publics par exemple. On s’adresse aussi à ceux qui ne cherchent pas une voiture, puisqu’on peut acquérir un vélo via Lucien, utiliser des voitures partagées via Poppy ou louer un taxi via TaxisVerts.
D’un pure point de vue logistique, c’est aussi très facile pour nous car on peut organiser ici ce qu’on appelle la D’Ieteren House, un lounge central où les représentants de toutes ces marques peuvent retrouver leurs clients, discuter, prendre un lunch ou un verre. Si on distillait nos différentes marques à des endroits distincts, ce ne serait pas possible. Il faut souligner aussi que cela nous coûte moins cher d’avoir tout au même endroit. Et c’est surtout pour nous un vrai statement de ce que D’Ieteren apporte aux clients en termes de multimodalité. Maserati est aussi présent dorénavant, ce qui porte notre portefeuille à 31 marques, dont 13 marques automobiles. Chez nous, le luxe côtoie la voiture de monsieur tout le monde puisque notre offre va de la Microlino à Bugatti. On couvre donc tous les segments et tous les types de clients. »
l2f : D’Ieteren Energy est aussi présent sur le salon. Non seulement à l’intérieur, mais aussi sur le parking avec le déploiement d’une infrastructure de recharge assez impressionnante à destination des visiteurs…
D.G. : « En effet. Nous sommes très heureux d’avoir pu électrifier le plateau du Heysel juste avant ce salon. C’est un premier pas avec 178 points de recharge sur plusieurs parkings sur et autour du site, dont 6 points de recharge rapide. Les autres sont des bornes lentes, mais c’est amplement suffisant pour les visiteurs qui passent une journée entière sur le salon. Nous avons installé ces bornes pour et à la demande des gestionnaires du salon et nous les gérons pour eux. Le but est évidemment de poursuivre ce développement à l’avenir. On devrait avoir équipé l’ensemble des places de parking d’ici 3 à 4 ans. D’un point de vue branding, c’est top évidemment. Mais d’un point de vue utilisateur, c’était absolument nécessaire. Et on est très heureux d’avoir été choisis pour ce projet »
Objectif? 25% de parts de marché
l2f : Revenons à l’automobile pure. Les chiffres d’immatriculations de 2025 viennent d’être publiés. Quel bilan tirez-vous pour l’année écoulée ?
D.G. : « En 2025, D’Ieteren a reculé un peu plus que le marché global. On termine à 23,8% de parts de marché. C’est un peu moins qu’en 2024, où nous étions à 23,9%. Mais c’était attendu : on savait que sur certains segments, nos modèles allaient arriver un peu trop tard dans l’année. Pour être franc : on termine l’année en meilleure forme que ce à quoi nous nous étions attendus. On est heureux du 23,8, mais on ne s’en satisfait pas, évidemment. Pour 2026, nous voulons tutoyer à nouveau la barre des 24% et pour 2027, définitivement et structurellement la dépasser grâce à l’arrivée des petites voitures électriques qui sont présentées ici sur le salon par nos différentes marques et qui totaliseront alors une année pleine de commercialisation puisqu’elles arriveront toutes en cours d’année 2026 sur le marché : Volkswagen ID. Polo et ID. Cross, Cupra Raval et Skoda Epiq. Et notre ambition est claire avec Volkswagen : reprendre notre place du numéro 1 sur le marché en 2027. »
l2f : Là, vous misez donc énormément sur le 100% électrique, autrement dit sur les ventes fleet… ?
D.G. : Oui, je mise sur le 100% électrique, mais pas que sur le fleet. Dans le set-up fiscal actuel qui entoure la taxation des véhicules destinés aux particuliers, – là où la pénétration des véhicules 100% électriques ne représente aujourd’hui, toutes marques confondues, qu’entre 4,8 à 4,9% des immatriculations neuves -, je pense qu’on peut atteindre 15% d’ici 2027. Et quand je dis « on », je ne parle pas uniquement de nous, mais de toutes les autres marques qui arrivent sur le marché avec de petites voitures électriques abordables, bien que notre ambition soit de prendre une grande partie de cette croissance. Les 4 modèles cités seront très bien positionnées en termes de tarifs, mais elles affichent aussi le caractère spécifique de leur marque. L’ID. Polo et l’ID. Cross sont de vraies Volkswagen, la Raval a l’ADN d’une Cupra et l’Epiq est reconnaissable comme une Skoda dès le premier coup d’œil. »
l2f : En parlant de ces modèles : jusqu’à présent, la gamme électrique de Volkswagen portait un numéro pour différencier les modèles EV de leur équivalent thermique. La dénomination de l’ID. Polo revient vers quelque chose de plus traditionnel et connu pour les clients. La stratégie est aujourd’hui toute autre ?
D.G. : « Oui. Les modèles n’auraient jamais dû s’appeler ID.3, ID.4, etc. Quand on a la chance d’avoir des noms aussi forts que Golf, Polo, Passat et qui sont bien installés dans l’esprit des clients, il n’y avait aucune raison de créer autre chose en parallèle. A l’époque où les premiers modèles ont été annoncés, il y avait une crainte de la part du groupe que ces noms soient entachés suite au dieselgate. Aujourd’hui, cette crainte n’existe plus du tout. Mais à l’époque déjà, j’étais en tout cas convaincu qu’il ne fallait pas attribuer des noms spécifiques à notre gamme électrique. Et les choses deviennent beaucoup plus claires pour les clients. Sortir aujourd’hui une ID. Polo implique forcément qu’une ID. Golf viendra prochainement aussi rejoindre la gamme, comme peut-être plus tard une ID. Up ou une ID. Tiguan. C’est beaucoup plus cohérent. »
1 conducteur de voiture électrique sur 7 dispose d'une carte de recharge D'Ieteren Energy
l2f : Pour ces modèles, vous annoncez une politique tarifaire très agressive, proche de celle de leurs équivalents thermiques…
D.G. : « L’ID. Polo est effectivement annoncée à 25.000 euros. C’est un tarif extrêmement attractif. Je pense qu’il correspond parfaitement à la clientèle de la Polo. L’ID.EVERY1 est annoncée aux alentours des 20.000 euros. Cela permettra d’amener une partie de la clientèle particulière vers l’électrique. Avec D’Ieteren Energy, nous allons aussi tout faire pour aider ces clients parce que le move vers l’électromobilité demande un peu d’accompagnement, que ce soit pour l’acquisition d’une borne de recharge ou d’une solution pour recharger sur le réseau public. »
l2f : Là aussi, votre focus est aujourd’hui plutôt sur le marché fleet. Demain, il semble donc être davantage sur les clients particuliers ?
D.G. : « Vous savez, quand on installe des bornes pour des entreprises, on les installe en réalité chez des conducteurs qui travaillent dans ces entreprises. Donc, in fine, chez des particuliers. Nous avons donc l’habitude d’installer chez des particuliers puisqu’à l’heure actuelle, je rappelle que nous sommes numéro 1 dans l’installation d’infrastructures privées et semi-privées. On comptabilise actuellement 33.000 points de recharge installés dans le pays et 60.000 cartes de recharge en circulation pour 400.000 voitures électriques en circulation en Belgique. Cela signifie qu’un conducteur de voiture électrique sur 7 utilise une carte D’Ieteren Energy. C’est énorme ! »
l2f : Revenons sur le marché en général, on note une baisse des immatriculations neuves ces dernières années. Il est passé de plus de 500.000 voitures il y a quelques années à 414.000 l’an dernier. Pensez-vous que cette décroissance va se poursuivre ?
D.G. : « On avait annoncé en moyenne 420.000 voitures en Belgique en avril 2020. Nous ne sommes donc pas surpris par cette baisse. D’autant qu’il faut faire la différence entre les immatriculations et les commandes parce que les commandes ont été fortement perturbées par le passé avec les problèmes de production et de livraison de semi-conducteurs. Si vous regardez les commandes, on tourne entre 415 et 425.000 véhicules neufs commandés depuis 2021. Je pense que la baisse va se poursuivre encore un peu parce que le cycle des voitures électriques fait en sorte que la rotation sur le marché est plus faible. Le bon vieux temps des contrats de leasing de 4 ans est révolu. Aujourd’hui, la moyenne des contrats de leasing est de 5 ans, ce qui signifie que l’on a perdu une année de rotation des véhicules de société neufs. L’impact sur le marché est inévitable. Évidemment, on compare avec les chiffres d’avant COVID, mais si on compare par rapport au nombre d’habitants, on reste toujours en Europe le 2e marché avec le ratio de voitures neuves le plus élevé après le Luxembourg.
On dit aussi que le marché a baissé de 7,5% en 2025. En réalité, il a plutôt baissé de 9,5% car le mois de décembre a été artificiellement dopé par un nombre d’immatriculations que les constructeurs ont dû faire suite aux changements de législation qui entraient en œuvre au 1er janvier. Que ce soit la législation concernant les moteurs Euro 6 ou la fin de la déductibilité des PHEV pour des entreprises.
Malgré tout, il ne faut pas oublier que se déplacer ne se fait pas toujours pour le plaisir. La topographie de la Belgique entre les lieux d’habitation et les lieux de travail ne va pas évoluer. La voiture reste indispensable pour de nombreux belges pour aller travailler. Les transports publics – qui ont tout à fait leur place – sont parfaitment adaptés pour les trajets où il y a une massification des transports. Vous ne pourrez jamais arriver à un transport public individuel, ce n’est pas possible. La voiture gardera toujours sa place. »
« Si vous regardez la courbe de pénétration des véhicules électriques dans le marché ces dernières années, elle est beaucoup plus rapide que celle des véhicules diesel de l’époque. »
Denis Gorteman, CEO D’Ieteren
Investissements massifs et continus dans les réseaux
l2f : Et quid de la percée des véhicules 100% électriques ?
D.G. : « Je suis intimement convaincu que les véhicules zéro émission vont trouver leur place auprès de tous les segments de la clientèle. Et que ce sont des voitures qui apportent un plaisir de conduite et quelque chose de plus que les voitures d’il y a 6 ou 7 ans. Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, l’âge moyen d’un véhicule dans le parc belge est de 10 ans. Si on compare une voiture d’il y a 10 ans avec ce qu’on propose aujourd’hui comme voitures neuves, je suis convaincu que certains clients auront envie de changer, que cette histoire autour de l’autonomie, les bornes de recharge, la taxation, etc. se tassera au fil du temps.
Repensez à l’arrivée des premiers diesel, qui étaient polluants et faisaient beaucoup de bruit. A l’époque, personne ne voulait rouler en diesel et on entendait partout que cela ne marcherait jamais. J’ai connu énormément de clients réticents au diesel à l’époque. Quelques années plus trad, le diesel représentait 75% des immatriculations de véhicules neufs en Belgique. On les considérait d’ailleurs finalement comme les voitures ‘vertes’ de l’époque.
Si vous regardez la courbe de pénétration des véhicules électriques dans le marché ces dernières années, elle est beaucoup plus rapide que celle des véhicules diesel de l’époque. Contrairement à certains qui affirment que l’électrique ne perce pas, je trouve qu’il avance justement extrêmement vite. Pour rappel, nous, chez D’Ieteren, 41% des voitures que nous avons vendues en 2025 étaient des modèles 100% électriques. On a une part dans ce segment de près de 28%, ce qui nous positionne en numéro 1 sur les ventes de véhicules 100% électriques. »
l2f : On parle beaucoup de l’arrivée de nouvelles marques chinoises… Comment les percevez-vous et en avez-vous peur ?
D.G. : Notre marché est un marché de voitures de société. Et qui dit voitures de société dit valeur résiduelle. Autrement dit confiance dans la stratégie sur les prix. Et cela implique aussi de disposer d’un réseau. Les asiatiques ne peuvent pas se targuer d’avoir un réseau aussi développé et fort que le nôtre.
On parle beaucoup des chinois électriques, mais en Europe, ces marques sont surtout présentes avec de l’essence et du plug-in hybride. Beaucoup moins avec du full électrique. »
l2f : Mais votre réseau a tout de même connu pas mal de regroupements ces dernières années. Comment va-t-il encore évoluer à l’avenir, y compris hors automobile ?
D.G. : « Le restructuration du réseau de concessionnaires auto a été lancée en 2014. Le gros du travail a été fait en un peu moins de 5 ans. Bien sûr, certaines concessions vont encore fermer, d’autres vont ouvrir… Un réseau, ça doit vivre en permanence : c’est normal et c’est sain. Mais il n’y a pas de bouleversements ou de grands changements prévus ou à annoncer. On va plutôt annoncer de gros investissements en termes de réseau de carrosserie, via notre franchise Wondercar. Wondercar a bouclé 2025 avec 51 carrosseries, 16 nouvelles au moins viendront élargir l’offre en 2026, pour porter le total à 67. En 2029, on devrait arriver aux alentours de 80 carrosseries.
Et WonderService compte aujourd’hui 10 centres. On devrait en avoir au minimum 20 d’ici la fin de l’année. Nous allons aussi continuer à développer le réseau de D’Ieteren Energy avec les bornes privées et semi-privées. On va réinvestir aussi dans le développement du réseau de Lucien. On investit également dans la certification des batteries. My Way et Audi Approved :plus accompagneront bientôt leurs modèles électriques et hybrides rechargeables d’un certificat de batterie. Celui-ci, réalisé en collaboration avec Moba, est automatiquement intégré au Car‑Pass des véhicules vendus par My Way. Bref, on continue à investir et à se développer. On est convaincu que le marché a du potentiel, qu’il faut l’exploiter et que nous sommes très loin d’être à notre apogée. »
Les start-up, top ou flop?
l2f : Et la multimobilité n’est pas oubliée avec toutes les start-up dont certaines sont d’ailleurs devenues des scales-up ?
D.G. : « Oui, on continue à développer les aides à la multimobilité avec Mbrella, on investit beaucoup dans Volkswagen D’Ieteren Finances, dans WeCare, dans Easylease pour offrir des solutions de leasing aux particuliers, et bien sûr Poppy qui offre des formules d’abonnement pour faciliter la vie de nos clients. Pour ce service, il y a vraiment une très forte demande. A certains moments, on manque même de véhicules ! »
l2f : En matière de car-sharing justement, Poppy fait de la résistance face à de nombreux concurrents qui s’y sont essayés mais ont fini par quitter la Belgique. Je pense à DriveNow ou plus récemment à Miles…
D.G. : Vous savez, la mobilité à Bruxelles et Anvers n’est pas la même. La topographie des villes est différente. Les transports publics sont différents. Nous, nous avons la connaissance du marché belge, nous savons sur quel quartier il faut être présent en priorité et ceux où il ne sert à rien d’être présent. Nous savons aussi quand il y a un événement spécifique ou un lieu qui va nécessiter la mise à disposition de véhicules en masse à une date précise et/ou à un endroit précis. La connaissance de Bruxelles et de ses rues est primordiale pour réussir avec ce business de voitures en car-sharing. Nous sommes en Belgique depuis 1805, soit avant-même sa création… La connaissance du pays, nous l’avons !
Poppy est un service dans lequel nous allons continuer à investir et j’ai même plaisir à le dire : Poppy est rentable depuis peu ! »
l2f : Et les autres start-up ?
D.G. : « Si on regarde l’ensemble des start-up, elles sont rentables. Nous continuons beaucoup à investir dans Mbrella par exemple, société de développement de softwares, et on va continuer à le faire certainement encore pendant 2 ans, mais ensuite, le potentiel de rentabilité sera énorme. D’Ieteren Energy et Lucien sont aussi déjà rentables.
Lorsqu’on prend tout le pot des activités de Lab Box, il est aujourd’hui contributeur aux activités de D’Ieteren. C’était un pari et on peut s’en féliciter. Aujourd’hui, toutes les start-up qui sont encore là ont trouvé leur marché, ont de très beaux taux de satisfaction client et amènent dans le giron de D’Ieteren des dizaines de milliers de clients que nous ne touchions pas via l’automobile. Et il y a encore des dizaines de milliers de clients qui sont dans l’automobile et qui ne connaissent pas encore nos autres activités. Le potentiel restant est donc encore énorme. Et voilà encore pourquoi il est aussi si important d’avoir toutes nos activités regroupées ici dans un seul hall du Heysel. »
Budget de mobilité? "Oui, mais..."
l2f : Est-ce-qu’à l’avenir, on pourrait imaginer que vous proposiez des packages aux clients. Par exemple : une voiture de société en leasing avec une borne de recharge inclue dans le contrat et en prime un vélo via Lucien pour compléter son budget de mobilité ? Et tout ça proposé en concession pour éviter au client de devoir se déplacer à plusieurs endroits ?
D.G. : « Pour nos clients B2B, c’est déjà le cas. Nous avons développé des équipes afin qu’ils n’aient plus qu’un seul interlocuteur. Mais nous n’avons pas encore de package, c’est vrai… Il faut bien se rendre compte qu’il nous a fallu créer ces jeunes entreprises, être certain qu’elles avaient une viabilité et une capacité de servir le client. Et maintenant, nous devons faire travailler ensemble des mondes diamétralement opposés. Le monde de la voiture qui utilise les outils informatiques usines qui doit parler avec des start-up…. C’est parfois compliqué d’un point de vue technologique. Construire l’offre demande aussi un peu de savoir-faire parce que ce sont des produits qui n’existent pas encore.
Les attentes des clients ne sont pas non plus toutes identiques. Par exemple : un client particulier n’est absolument pas demandeur d’un package. Il veut faire son shopping. Acheter sa voiture, discuter de sa borne, de son vélo,… Une solution tout en un ne l’intéresse pas. Pour le client fleet, c’est différent : il attend qu’on lui facilite la vie et qu’on mette tout dans un seul package. En termes de gestion et de personnes de contact, on a tout ce qu’il faut. Mais en termes d’offre : offrir un package avec une seule facture, on n’y est pas encore. Mais on y travaille…
Au travers de VDFin, on a par contre des offres avec la voitures – avec tous les services liés -, mais aussi la borne et le vélo. Mais le placement de la borne par exemple n’est pas encore inclus. Parce qu’autant le coût de la borne en elle-même est facile à prendre en compte, le coût du placement, lui, est très variable. Il dépend de la capacité du réseau, du nombre de mètres de câble nécessaire à l’installation. Il n’y a pas deux chantiers identiques. Et là aussi, les règles sont très différentes d’une entreprise à l’autre. Chez certaines, la borne appartient au conducteur, chez d’autres, ce n’est le cas qu’après quelques années. D’autres entreprises décident de rester propriétaires de la borne quoi qu’il arrive… Il y a tellement de cas particuliers que cela en devient trop complexe. Et ici typiquement, le mieux est l’ennemi du bien. »
l2f : Le budget de mobilité, vous y croyez ?
D.G. : « Je suis un fervent défenseur du budget de mobilité, mais je suis fondamentalement contre le pilier qui permet de rembourser ses frais de logement. D’abord parce qu’on parle de mobilité et non de logement. Ensuite, parce que si aujourd’hui certains politiciens ont déjà du mal avec les véhicules de société, demain ils risquent d’avoir encore plus de mal avec les logements de société. Troisièmement parce que cela va à l’encontre de la fluidité du marché de l’emploi. Prenez l’exemple d’un employé qui a pu acquérir un bien dans un quartier prisé dans un rayon de 10 km de son lieu de travail et qu’il a donc pu financer grâce à son budget de mobilité parce qu’il n’aurait pas pu s’offrir un tel bien avec ses propres deniers. Demain, si son entreprise déménage à une distance plus élevée que ces 10 km, qu’advient-il de son remboursement ? Peut-il toujours rembourser son bien avec son budget de mobilité alors qu’il n’est plus dans les critères ? Les politiciens n’ont absolument pas réfléchi à ces situations.
Sans oublier tous ceux qui trichent et qui ont acheté un bien à moins de 10 km et font croire qu’ils y habitent alors qu’en réalité, ils sous-louent ce bien et gagnent sur les deux tableaux… il n’y a aucun contrôle…
Enfin, dernière chose : nous nous engageons dans une mobilité zéro émission. Or, l’appartement ou la maison qui est remboursé n’est pas soumis aux contraintes environnementales. Vous pouvez donc sans aucun souci utiliser votre budget de mobilité pour investir dans une passoire énergétique… C’est une aberration totale ! »
« Lorsqu’on prend tout le pot des activités de Lab Box, il est aujourd’hui contributeur aux activités de D’Ieteren »
Denis Gorteman, CEO D’Ieteren
Quel avenir pour SEAT?
l2f : Avant de conclure, comment envisagez-vous l’année 2026 ?
D.G. : « J’aborde l’année de façon optimiste et positive. Je pense qu’on ne revivra plus l’épisode de 2025 avec la discussion sur les hybrides qui a plombé les ventes dès le mois de février et créé beaucoup d’incertitudes auprès des clients, mais aussi chez nous. Cette situation nous a coûté entre 10 et 15.000 immatriculations l’an dernier sur le marché.
On arrive dans une situation qui est plus stable… L’Europe s’est aussi prononcée sur 2035. Et de toute façon si on regarde le marché belge, ce ne sont pas les décisions européennes qui l’influencent. Ce qui influence, c’est la taxation locale et la qualité des voitures. Je serai content fin d’année, lorsque nos nouveaux modèles seront commercialisés. »
l2f : Une dernière question : on a souvent entendu que SEAT allait disparaître… Qu’en est-il finalement ?
D.G. : « En Belgique, SEAT et Cupra vendent encore le même nombre de voitures, sachant que SEAT ne dispose, à l’heure actuelle, d’aucun modèle zéro émission. Mais SEAT nous permet de rester accessible pour un autre type de clientèle en offrant des petites voitures abordables. Dans ce segment-là, SEAT a toute sa raison d’être. Et je suis justement très heureux si on peut continuer à garder l’ensemble. Je ne suis pas du tout demandeur de retirer SEAT du portfolio. Je n’ai pas connaissance de projets d’électrification de certains modèles. En parallèle, Cupra a trouvé sa place dans notre groupe. C’est une marque avec un design très marqué qui nous amène aussi un nouveau type de clientèle. »