Enquête – Près de 20 % des dépenses du Budget mobilité sont consacrées à la voiture
Alors que le projet de loi visant à généraliser le budget mobilité s’apprête à franchir une nouvelle étape, un constat s’impose déjà sur le terrain : loin de disparaître, la voiture de société conserve une place importante dans le dispositif, et son utilisation via le pilier 1 est en forte progression. C’est en tout cas ce qui ressort d’une étude menée par Mbrella auprès des utilisateurs du budget de mobilité.
Selon les données internes de Mbrella, scale-up bruxelloise spécialisée dans la gestion d’une rémunération flexible via la mobilité, la part de ses utilisateurs du budget mobilité consacrant une partie de celui-ci à une voiture de société (écologique, pilier 1) a augmenté de 45 % entre 2023 et 2025. Aujourd’hui, près d’une personne sur cinq disposant d’un budget mobilité choisit d’en allouer au moins une partie à un véhicule en leasing.
« Nous observons une augmentation constante des dépenses en pilier 1 d’année en année, avec une accélération particulièrement marquée ces deux dernières années. La combinaison budget mobilité + voiture de société s’installe progressivement dans les pratiques. » Amaury Gérard, CEO de Mbrella.
Une tendance confirmée par le marché
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large de croissance du budget mobilité en Belgique. D’après les chiffres publiés par Acerta, le nombre d’entreprises proposant le budget mobilité en 2025 a augmenté de 31 % par rapport à 2024. Aujourd’hui, 12,76 % des entreprises belges de plus de 50 salariés proposent déjà le dispositif, contre 6,78 % des PME de 15 à 50 salariés.
Du côté des grandes entreprises, les signaux vont dans le même sens. Chez Worldline, 2 % des collaborateurs bénéficiant d’un budget mobilité le combinaient avec une voiture de société en 2025.
« Cette proportion devrait encore progresser d’environ 20 % cette année. »
Pour structurer ce dispositif, Worldline a mis en place quatre catégories de véhicules avec des écarts de TCO de 60 € chacune, créant un système clair et auto-équilibré : un employé qui opte pour un modèle en dessous de sa catégorie perçoit 60 € supplémentaires par mois dans son budget mobilité. À l’inverse, choisir un modèle au-dessus implique une contribution personnelle de 60 €. Les promotions suivent la même logique : monter d’une catégorie supprime une contribution existante ou augmente directement le budget mobilité.
La voiture électrique s'impose, portée par la fiscalité
Ce maintien de la voiture dans le budget mobilité s’accompagne d’une transformation complète de la flotte. Parmi les nouvelles immatriculations de voitures de société entre 2024 et 2025, la part des véhicules entièrement électriques est passée de 10,5 % à 73,2 % (source : Service Public Fédéral Mobilité et Transports). Un changement qui n’est pas le fruit du hasard : les réglementations fiscales introduites par le gouvernement belge conditionnent désormais la déductibilité des voitures de société à leur niveau d’émissions, poussant entreprises et collaborateurs vers le zéro émission.
Le budget mobilité, qui impose via son pilier 1 un véhicule zéro émission, s’inscrit ainsi dans cette logique et participe activement à cette transition.
Un cadre flexible, pas une alternative à la voiture
Ces chiffres dessinent une réalité plus nuancée que le débat politique ne le laisse parfois entendre. Le budget mobilité ne se limite pas aux alternatives à la voiture, il devient un cadre dans lequel différents choix coexistent. Certains optent pour un véhicule plus compact combiné à d’autres solutions (transports en commun, mobilité douce, voire une contribution logement). D’autres font appel ponctuellement à des voitures partagées, et d’autres encore privilégient un leasing seconde main, plus économique et durable.
« Le budget mobilité s’impose comme un cadre flexible, au sein duquel la voiture continue d’occuper une place significative et en croissance. » Amaury Gérard, CEO de Mbrella
Alors que le gouvernement s’apprête à imposer le budget mobilité dans de nombreuses entreprises, les données de terrain envoient un message clair : le succès de celui-ci ne viendra pas d’une mise à l’écart de la voiture, mais de sa capacité à intégrer l’ensemble des modes de déplacement dans une logique cohérente, durable et choisie par le collaborateur lui-même.
