Publié le 27 janvier 2026 à 14:49
par Damien Malvetti

Édito – Voiture de société : le faux procès d’un vrai levier économique

À Bruxelles, le débat sur la mobilité prend parfois des allures de procès à charge. Et parmi les accusés désignés, la voiture de société occupe une place de choix. Présentée comme un privilège d’un autre temps, symbole d’une mobilité dépassée, elle cristallise les critiques de certains responsables politiques qui rêvent d’une ville libérée de l’automobile. Pas plus tard que ce week-end, c’est la Ministre Bruxelloise de la mobilité, Elke Van den Brandt qui a taclé la voiture de société à l’occasion de la réception de Nouvel An de Groen à Bruxelles estimant que « Une partie de la population est payée en euros, une autre en voitures. Personne ne comprend cela en dehors de ce pays » et ajoutant que la voiture de société est « un privilège absurde à 4 milliards d’euros ». Le problème ? Ce discours idéologique oublie trop souvent la réalité du terrain.

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Dans son discours prononcé à l’occasion de la réception de Nouvel An de son parti, la ministre en affaires courantes Elke Van den Brandt (Groen) a estimé que le principe des voitures de société coûte « chaque année environ 4 milliards d’euros d’argent public » et que « Nous utilisons des fonds publics pour offrir une voiture et une carte carburant à des managers, tandis que des infirmiers, enseignants, puériculteurs et boulangers paient sans en retirer le moindre avantage. Faire comme s’il s’agissait d’un droit est totalement absurde ».

Ces propos ont été relayés par le site internet BruxellesToday, qui ajoute que la ministre propose d’étudier la mise en place d’un abonnement SNCB à 12 euros par an en lieu et place du financement de ces voitures.

Si sur papier, cette proposition pourrait sembler intéressante, elle en oublie clairement la réalité du terrain… Car la voiture de société n’est ni un caprice, ni un confort superflu. Elle est avant tout un outil de travail, au même titre qu’un ordinateur ou un smartphone. Pour des dizaines de milliers de travailleurs belges, elle conditionne la possibilité même d’exercer leur métier efficacement. La nier ou la stigmatiser, c’est ignorer le fonctionnement réel de notre économie et la diversité des besoins professionnels.

Chez link2fleet, nous observons chaque jour l’évolution du marché. Et le constat est clair : les entreprises n’ont jamais autant investi dans la transition. Électrification des flottes, politiques de mobilité plus responsables, optimisation du TCO, intégration du budget mobilité… La voiture de société n’est pas figée dans le passé, elle est en pleine mutation. Elle fait aujourd’hui partie de la solution, certainement pas du problème.

Opposer brutalement voiture et mobilité durable est une erreur stratégique. La transition ne se décrète pas, elle se construit. Elle nécessite du temps, de la cohérence et surtout des alternatives crédibles. Or, pour de nombreux professionnels, les transports publics ou la mobilité douce ne répondent pas – encore – aux contraintes de flexibilité, de disponibilité et de couverture géographique exigées par leur activité.

Et on ne va pas se mentir: faire une telle sortie médiatique à la veille d’une semaine entière de grèves sur le rail belge, c’est on ne peut plus maladroit!

Comment donner envie à des travailleurs d’opter pour le train en lieu et place de leur voiture de société lorsque ce moyen de transport – pourtant financé par de l’argent public – est sans cesse perturbé par des grèves ?! Poser la question, c’est y répondre. A moins peut-être que la privatisation serait la solution… Puisque la raison de ces grèves réside dans la protection d’avantages sociaux que d’aucuns dans les secteurs privés estiment d’un autre temps. Demandez à des travailleurs du secteur ferroviaire privé s’ils bénéficient d’avantages similaires à ceux défendus par les grévistes du rail cette semaine… Mais il s’agit là d’un autre débat…

Revenons-en à notre voiture de société tant critiquée. À force de caricaturer la voiture de société comme un “privilège”, on risque surtout de fragiliser l’attractivité des entreprises belges, d’accroître les inégalités de mobilité et de déconnecter un peu plus la décision politique des réalités économiques. La mobilité professionnelle mérite mieux qu’un débat binaire.

L’enjeu n’est pas de supprimer la voiture de société, mais de l’intégrer intelligemment dans une approche globale, pragmatique et durable. C’est exactement ce que font déjà de nombreuses entreprises. Et c’est ce que la politique publique devrait accompagner plutôt que combattre.

La mobilité de demain ne sera pas dogmatique. Elle sera hybride, réaliste et orientée solutions. Et dans cette équation, la voiture de société a toute sa place.

Damien Malvetti

Damien Malvetti, rédacteur de cet article

Damien Malvetti a une formation de journaliste et est passionné par les voitures, la technologie et la mobilité. Il est responsable du contenu éditorial de link2fleet et possède une connaissance approfondie du secteur des flottes et de la mobilité électrique.

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