Etude PwC: L’IA accentue la pression sur l’industrie automobile européenne
L’industrie automobile estime que la mise en œuvre de l’intelligence artificielle permettra davantage de progrès dans l’atteinte de ses ambitions stratégiques que les technologies de batteries et de propulsion électrique. D’ici 2030, l’utilisation de l’IA et d’autres technologies avancées devrait passer de 47 % à 72 % dans la chaîne de valeur du secteur automobile. Pour les constructeurs automobiles européens, l’enjeu ne consiste pas seulement à adopter de nouvelles technologies, mais aussi à préserver leur compétitivité dans un monde où les logiciels, les données et les plateformes numériques créent une part croissante de la valeur. « L’IA redéfinit la manière dont les voitures sont conçues, fabriquées, conduites et vécues. Pour l’industrie automobile européenne, le plus grand risque est de ne pas innover suffisamment rapidement pour rester compétitive », déclare Tom Vermeir, Partner chez PwC Belgium.
L’IA devient plus importante que l’électrification
Pour les entreprises automobiles européennes, l’attention se déplace de plus en plus du matériel vers les logiciels. À l’échelle mondiale, 51 % des dirigeants considèrent l’intelligence artificielle comme l’une des principales technologies permettant d’atteindre leurs objectifs stratégiques. Pour la première fois, l’IA devance ainsi les technologies de batteries et de propulsion électrique (41 %). En Allemagne, l’un des principaux marchés automobiles européens, l’importance accordée à l’IA atteint même 54 %, tandis que 85 % des personnes interrogées considèrent l’ingénierie logicielle et les capacités en IA comme essentielles aux performances futures.
La compétitivité des constructeurs automobiles européens dépendra de plus en plus de leur capacité à intégrer avec succès les logiciels, les données et l’intelligence artificielle. La voiture de demain ne sera en effet plus définie uniquement par ce qui se trouve sous le capot, mais de plus en plus par les logiciels et les services numériques.
La numérisation croissante des véhicules soulève également des questions quant à la position des constructeurs automobiles européens. À mesure qu’une part plus importante de la valeur se déplace vers les logiciels, les données et l’IA, l’adoption technologique ne constitue plus le seul enjeu : la maîtrise de la technologie, des données et de la propriété intellectuelle devient tout aussi essentielle.
De nouveaux acteurs et écosystèmes rebattent les cartes
Au-delà des évolutions technologiques, le paysage concurrentiel se transforme lui aussi. À l’échelle mondiale, 46 % des personnes interrogées considèrent les nouveaux acteurs issus de secteurs connexes comme une source majeure de concurrence au cours des cinq prochaines années. En Allemagne, 44 % s’attendent à ce que cette évolution ait un impact important sur le marché.
Pour s’adapter à cette nouvelle réalité, de plus en plus d’entreprises automobiles misent sur la collaboration au sein d’écosystèmes plus larges. Près de deux tiers (64 %) prévoient de participer activement à de tels écosystèmes dans les années à venir. Pour les constructeurs européens, la coopération dans les domaines des logiciels, de la connectivité et des données peut accélérer l’innovation et créer de nouvelles possibilités de croissance. Elle exige toutefois des choix stratégiques clairs. À mesure que l’IA, les technologies cloud, les semi-conducteurs et les plateformes numériques occupent une place plus centrale dans les véhicules, il devient essentiel de déterminer quelles capacités les entreprises automobiles européennes doivent développer en interne, où une collaboration est nécessaire et dans quels domaines la dépendance à l’égard, par exemple, d’acteurs technologiques américains et asiatiques peut comporter des risques.
« Le débat ne porte désormais plus seulement sur l’endroit où une voiture est construite, mais aussi sur qui développe et contrôle la technologie qui la sous-tend. À mesure que les logiciels, les données et l’IA créent une part croissante de la valeur, la souveraineté technologique devient un enjeu stratégique de compétitivité pour l’industrie automobile européenne. La question n’est pas seulement de savoir à quelle vitesse les constructeurs automobiles européens peuvent innover, mais aussi comment ils peuvent préserver leur capacité de différenciation dans une chaîne de valeur toujours plus numérique », explique Gerd Speed, expert du secteur automobile chez PwC Belgium.
L’avenir ne se limite pas aux véhicules électriques
La transition vers les véhicules électriques reste une tendance majeure. À l’échelle mondiale, les entreprises prévoient que la part des véhicules électriques à batterie dans la production passera de 18 % aujourd’hui à 30 % d’ici 2030. En Allemagne, cette part progresserait de 15 % à 29 %. Dans le même temps, la part des véhicules équipés d’un moteur à combustion traditionnel devrait reculer de 60 % à 41 % au niveau global.
La croissance future ne proviendra toutefois pas uniquement des nouvelles technologies de propulsion. Les entreprises automobiles ciblent également de plus en plus de nouveaux segments de clientèle et de nouvelles sources de revenus. Aujourd’hui, 21 % du chiffre d’affaires provient en moyenne de nouveaux clients ; cette proportion devrait atteindre 33 % dans les cinq prochaines années. Parmi les nouveaux groupes cibles figurent notamment les gestionnaires de flottes commerciales, les prestataires de services de mobilité et les pouvoirs publics.
Cette évolution montre que les constructeurs automobiles se positionnent de moins en moins exclusivement comme des fabricants de véhicules et de plus en plus comme des fournisseurs de solutions de mobilité plus larges. La compétitivité future des constructeurs européens dépendra donc non seulement de leur capacité à construire des véhicules de haute qualité, mais aussi de la mesure dans laquelle ils pourront façonner eux-mêmes les services numériques et les expériences de mobilité qui entourent ces véhicules. En d’autres termes, la réponse à la question de savoir pourquoi les consommateurs et les entreprises choisiraient une voiture européenne dépendra de moins en moins du seul véhicule.
La pénurie de compétences risque de freiner la transformation
Malgré les investissements technologiques importants des entreprises, les talents restent un défi majeur. À l’échelle mondiale, 51 % des personnes interrogées citent la pénurie de talents comme un frein important à la création de valeur, tandis que 45 % signalent des lacunes dans les compétences actuelles parmi les effectifs. Le développement logiciel, l’expertise en IA et les compétences numériques, en particulier, ne correspondent pas encore aux besoins des entreprises pour rester compétitives.
« Le succès durable dans le secteur automobile dépendra non seulement des investissements technologiques, mais aussi de la capacité à attirer, développer et retenir de nouvelles compétences », déclare Tom Vermeir, Partner chez PwC Belgium.

