Publié le 14 janvier 2026 à 20:35
par Damien Malvetti

Voiture de société, budget mobilité, taxes, électrification : quand la mobilité divise le monde politique belge

Le Salon de l’Auto de Bruxelles est traditionnellement l’occasion pour Mobia d’organiser son Mobility Insights, un événement qui invite notamment au débat quelques représentants politiques des différents niveaux de pouvoir de notre pays. Cette année, Georges-Louis Bouchez (MR – Wallonie), Annick De Ridder (N-VA – Flandre), Dirk De Smedt (Open VLD – Bruxelles) et Jean-Luc Crucke (Les Engagés – Fédéral) se sont prêtés au jeu.

belgique politique

Voiture de société vs Budget de mobilité

Au cours de ces différentes sessions de questions-réponses one-to-one entre un présentateur et un représentant politique, divers sujets autour de la mobilité, la fiscalité automobile et les défis du secteur étaient abordés. Et la voiture de société n’a évidemment pas été oubliée. Georges-Louis Bouchez (MR) a par exemple défendu le système : « Il faut se rendre compte qu’une voiture coûte en moyenne entre 500 et 1.000 euros par mois. Si demain, on décidait de supprimer ce système fiscal, il faudra donc rendre entre 500 à 1.000 euros de salaire par mois aux travailleurs concernés en guise de compensation. Car n’oublions pas que si ce système a été mis en place, c’est justement pour éviter l’impôt très élevé sur les revenus en Belgique. »

Jean-Luc Crucke (Les Engagés) a reconnu qu’il préférait utiliser le train à la voiture, mais a tout de même abondé dans le même sens : « La voiture de société a certainement encore de beaux jours devant elle dans notre pays. A ce niveau d’ailleurs, j’aime le mot flamand pour parler des voitures de société « Salariswagen » (voiture-salaire, ndlr). Cette terminologie est tellement plus parlante puisqu’elle permet de comprendre que cette voiture est une part du salaire. Je suis par contre convaincu que le budget de mobilité fera évoluer le système en permettant à chacun d’organiser sa propre mobilité. Mais je reconnais évidemment que ce système va alourdir la charge administrative des entreprises. »

Et de défendre la possibilité d’utiliser ce budget pour rembourser un emprunt hypothécaire ou un loyer : « Cette possibilité offerte par le budget de mobilité rencontre un certain succès. Pour ceux qui choisissent d’abandonner leur véhicule ou de prendre un véhicule électrique plus petit ou optent pour un abonnement de train par exemple, le fait de pouvoir investir ce budget dans sa maison peut représenter une belle compensation », a précisé Jean-Luc Crucke.

Dirk De Smedt (Open VLD) a abondé dans le même sens, après avoir reconnu qu’il ne défendait pas le système actuel de la voiture de société. « J’aime les systèmes qui donne le choix aux travailleurs. Et le budget de mobilité le fait parfaitement. Inciter les travailleurs à opter pour d’autres solutions de mobilité ne pourra avoir qu’un effet positif sur la congestion de nos routes. Sur la question du remboursement du loyer ou du prêt hypothécaire, je suis également favorable. Imaginez : vous êtes coincé tous les jours pendant 1h le matin et 1h le soir dans votre voiture dans les files. Il est tout à fait normal que vous investissiez ce budget dans votre maison plutôt que dans une voiture de société, surtout si votre employeur vous permet de faire suffisamment de télétravail ».

Georges Louis Bouchez

« Si on supprime la voiture de société, il faudra rendre entre 500 et 1.000€ par mois à tous ces travailleurs en compensation »

Georges-Louis Bouchez, MR – Wallonie

2035 : la décision de l’Europe divise

Autre sujet qui divise le monde politique belge : la marche arrière de l’Europe sur la fin du thermique à l’horizon 2035. Le président du MR a affiché une position claire en faveur d’une prolongation du thermique : « C’était la bonne décision à prendre. Je suis convaincu que le tout à l’électrique n’est pas la solution ». Tandis que Jean-Luc Crucke estime de son côté que l’Europe n’aurait pas dû faire marche arrière : « Plusieurs constructeurs, comme Volvo, ont déjà annoncé qu’ils ne produiraient pus de voitures thermiques. Revenir en arrière est clairement un très mauvais signal envoyé au marché. Il faut continuer sur la voie de l’électrification complète, même si je reconnais que le tout à l’électrique ne va se mettre en place en un jour. Les Chinois sont déjà engagés dans cette voie et croyez-moi : ils ne vont pas faire demi-tour. »

Mais le ministre de la Mobilité estime aussi que d’ici-là, il faut laisser leur chance à d’autres carburants plus ‘verts’ : « On ne peut rejeter en bloc toutes les alternatives aux carburants traditionnels. Les biocarburants par exemple ont peut-être un avenir ».

Jean-Luc Crucke

« Pour ceux qui choisissent d’abandonner leur véhicule ou de prendre un véhicule électrique plus petit ou optent pour un abonnement de train par exemple, le fait de pouvoir investir ce budget dans sa maison peut représenter une belle compensation »,

Jean-Luc Crucke (Les Engagés – Fédéral)

Taxes et LEZ

Les zones à faible émission et les taxes automobiles en Belgique ont aussi fait partie des débats. Et là encore, les avis sont très partagés, souvent en fonction du niveau de pouvoir… Pour Georges-Louis Bouchez, « il faut faire preuve de réalisme concernant les zones à faibles émissions : on n’y arrivera pas ! Beaucoup d’indépendants ou d’artisans n’ont pas les moyens de changer de voiture, et je ne parle même pas de tous les particuliers qui sont impactés par le durcissement des règles à Bruxelles. A mon sens, il ne faut pas pénaliser la voiture. Pénaliser la voiture, c’est en quelques sortes pénaliser la classe populaire, qui ne va pas pouvoir acquérir un véhicule autorisé dans ces zones. N’oublions pas que pour ces personnes, la voiture est souvent un outil de travail, ou la solution la plus simple de se déplacer. »

Et concernant la possibilité d’implémenter un péage urbain ou une vignette à Bruxelles ? Là encore, le président du MR n’est pas favorable : « Ce n’est pas une bonne idée car nous sommes un petit pays où on transite souvent d’une région à l’autre. Et Bruxelles compte énormément de navetteurs. Autre problème selon moi : Bruxelles n’a pas de frontière directe avec un autre pays, comme la Wallonie ou la Flandre. Ce sont donc majoritairement des conducteurs belges qui paieront ce péage urbain ou cette vignette. Je rappelle d’ailleurs qu’on paie déjà pour nos routes avec nos taxes en Belgique. Je suis par contre favorable à une vignette pour les conducteurs étrangers qui utilisent nos autoroutes. »

Annick De Ridder (N-VA) le rejoint : « Il n’est pas normal que seuls les belges paient pour toutes nos routes. Il est temps que les particuliers étrangers qui empruntent nos réseaux contribuent également. C’est déjà le cas pour les entreprises avec la taxe kilométrique. Mais il ne faut surtout pas qu’on ajoute encore des taxes supplémentaires aux conducteurs belges ».

Pour l’Open VLD, Dirk De Smedt a poursuivi dans le même sens, avec de la nuance : « Je suis pour une taxe au kilomètre pour les véhicules, mais un péage urbain, je trouve cela débile. Les navetteurs ne viennent pas par plaisir à Bruxelles, ils y viennent pour travailler. »

Annick de ridder

« On ne peut toujours faire peser les taxes routières sur les Belges. Il est temps que les conducteurs étrangers paient également »,

Annick De Ridder (N-VA – Flandre)

Electrification des LCV et bornes de recharge

Parmi les autres sujets abordés dans les différents échanges, l’électrification du parc de véhicules utilitaires légers qui connaît une croissante assez lente comparée au parc de voitures particulières. Annick De Ridder a reconnu qu’il est difficile de soutenir financièrement les investissements dans tous les domaines : « on doit faire des choix. Et en termes de transports, je pense qu’il serait plutôt intéressant de soutenir financièrement la micro-mobilité ».

Jean-Luc Crucke a quant à lui aborder la possibilité de faire passer le permis B de 3,5 T à 4,25 de façon à permettre à des conducteurs de pouvoir rouler avec des véhicules électrifiés plus lourds qu’actuellement. « On travaillait activement à une évolution de cette mesure, mais c’est finalement l’Europe qui l’a reportée à 2027 ».

Le ministre des Engagés a aussi abordé la question du développement du réseau de bornes de recharge en Wallonie et le retard que le sud du pays accuse sur le nord et Bruxelles à ce niveau. « On compare souvent la Wallonie et la Flandre. Et oui, il y a un gros retard en Wallonie que nous serons en mesure de rattraper, notamment grâce à des partenariats privés. Mais le vrai problème qui va se poser, est celui de la capacité du réseau électrique wallon. Vous pouvez disposer d’autant de bornes de recharge que vous voulez, mais si le réseau n’est pas capable de les fournir en électricité de façon suffisante, cela ne sert à rien ! Pour faire face à un développement massif des bornes de recharge, il faudra booster le réseau et cela va demander des millions d’euros d’investissements. Il y a une vraie urgence à revoir la capacité du réseau électrique wallon. On n’aurait jamais dû régionaliser la compétence énergétique, c’était une grave erreur. »

Dirk De Smedt

« J’aime les systèmes qui donne le choix aux travailleurs. Et le budget de mobilité le fait parfaitement »,

Dirk De Smedt (Open VLD – Bruxelles)

Damien Malvetti

Damien Malvetti, rédacteur de cet article

Damien Malvetti a une formation de journaliste et est passionné par les voitures, la technologie et la mobilité. Il est responsable du contenu éditorial de link2fleet et possède une connaissance approfondie du secteur des flottes et de la mobilité électrique.

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