Gauthier Helleputte (OMODA & JAECOO) : « Notre part de ventes B2B est passée de 25 à 35 % en un an »
Introduites sur le marché belge en avril 2025, OMODA et JAECOO ont déjà mis plus de 4.000 véhicules sur les routes du Belux. Après une première phase de développement largement portée par les particuliers, les deux marques du groupe chinois Chery veulent désormais accélérer auprès des entreprises. Élargissement de la gamme électrique, partenariat avec Ayvens, arrivée de nouvelles marques, développement du réseau et production européenne : Gauthier Helleputte, Heaf of Sales d’OMODA & JAECOO Belux, détaille sa stratégie pour convaincre les gestionnaires de flotte.
link2fleet : Quel bilan tirez-vous des premiers mois d’OMODA et JAECOO dans le Belux ?
Gauthier Helleputte : « Depuis le lancement de nos deux marques dans le Belux en avril 2025, nous avons déjà mis plus de 4.000 voitures sur la route. La progression est particulièrement remarquable en 2026, puisque 3.000 véhicules ont été immatriculés depuis le début de l’année.
Le produit fait clairement parler de lui et nous sommes fiers d’avoir atteint une part de marché de 1 % dans le Belux depuis janvier. Pour une marque nouvellement lancée, atteindre ce seuil dans les immatriculations de véhicules neufs commence à devenir significatif. Au mois d’août, OMODA et JAECOO ont même enregistré une part de marché de 1,4 %, ce qui constitue jusqu’à présent un record pour nos marques. »
l2f : Quel modèle porte actuellement cette croissance ?
G.H. : « Le JAECOO 7 est aujourd’hui notre modèle le plus populaire. Il représente plus de 40% de nos ventes, toutes en hybride rechargeable. Parmi ses atouts figurent évidemment son design attractif, mais aussi son positionnement tarifaire. Il est proposé à moins de 40.000 euros TVAC, ce qui est particulièrement compétitif pour un SUV du segment C, avec un tel niveau d’équipements ».
l2f : OMODA et JAECOO restent encore relativement jeunes. Sur quelle assise industrielle reposent-elles ?
G.H. : « OMODA et JAECOO font partie du groupe Chery Automobile, actif depuis près de 30 ans et devenu le premier exportateur chinois de véhicules. Sur les 2,6 millions de véhicules produits par le groupe en, 2025, environ 1,3 million ont été exportés hors de Chine.
OMODA et JAECOO ont précisément été créées pour les marchés internationaux. En avril dernier, soit seulement trois ans après leur lancement, elles ont franchi le cap du million de véhicules vendus. Notre ambition est désormais d’atteindre un million de ventes annuelles en Europe et sur les autres marchés internationaux où les marques sont commercialisées. »
l2f : Pourquoi commercialiser conjointement deux marques différentes ?
G.H. : « Parce qu’elles occupent des positionnements distincts. OMODA, dont l’identité renvoie notamment à l’univers de la mode, se présente comme une marque moderne, technologique et très orientée lifestyle.
JAECOO adopte un design plus traditionnel, avec un caractère davantage tourné vers l’aventure et l’univers tout-terrain. Son nom associe d’ailleurs « Jäger », qui signifie chasseur en allemand, et « cool ». Les deux marques sont donc complémentaires. »
l2f : Lancer simultanément deux marques inconnues ne complique-t-il pas leur positionnement ?
G.H. : « Faire connaître une nouvelle marque constitue évidemment un défi majeur. Aujourd’hui, le grand public ne citera pas encore spontanément OMODA ou JAECOO lorsqu’on lui demande de nommer de grands constructeurs automobiles.
Les chiffres de vente montrent néanmoins que cette stratégie fonctionne. Notre image de marque s’implante rapidement sur plusieurs marchés. C’est notamment le cas en Espagne, en Italie et en Grande-Bretagne, où nos ventes décollent fortement. En Belgique, nous avons initié plusieurs partenariats qui nous ont permis de montrer les véhicules : avec le Tram de la Côte, le festival Rock Werchter ou le River Woods Beach Club à Knokke par exemple. C’est important de pouvoir montrer les véhicules au maximum pour faire connaître la marque ».
l2f : Quels sont, selon vous, les principaux arguments d’OMODA et JAECOO ?
G.H. : « Je citerais le design, la garantie de sept ans, les technologies embarquées et la diversité des motorisations. Outre nos modèles 100 % électriques, nous proposons des moteurs thermiques efficients, des hybrides classiques ainsi que des hybrides rechargeables équipés de notre technologie SHS, pour Super Hybrid System.
Cette chaîne de traction associe un moteur essence à un ou plusieurs moteurs électriques, selon les modèles. Elle offre une autonomie importante, une gestion efficace de l’énergie ainsi qu’un fonctionnement confortable et silencieux.
Nos véhicules mettent également l’accent sur la sécurité, avec de nombreux systèmes d’aide à la conduite proposés de série. Le tout est commercialisé à un prix qui reste raisonnable dans le contexte actuel. Notre rapport entre le prix, les technologies et le niveau d’équipement répond clairement à une attente du marché. »
l2f : Quelle place les clients professionnels occupent-ils actuellement dans vos ventes ?
G.H. : « En 2025, les particuliers représentaient 75 % de nos ventes, contre 25 % pour les clients professionnels. En 2026, la part du B2B est passée à 35 %. Notre croissance est saine et consolidée, mais la clientèle professionnelle reste encore minoritaire, notamment parce que notre portefeuille ne compte pas encore suffisamment de modèles adaptés à la fiscalité fleet belge.
Les entreprises belges se tournent très clairement vers le 100 % électrique. Aujourd’hui, nous disposons principalement de l’OMODA 5 EV et du JAECOO 5 EV pour répondre à cette demande. Nous comptons donc beaucoup sur l’arrivée de nouveaux modèles électriques pour poursuivre notre développement sur le marché fleet. »
l2f : Le groupe Chery prépare justement le lancement de nouvelles marques en Belgique. Comment seront-elles positionnées ?
G.H. : « La marque Chery arrivera en Belgique au mois de novembre avec les SUV Tiggo 7 et Tiggo 8. Son positionnement sera légèrement inférieur à celui d’OMODA et JAECOO. La qualité perçue sera un peu moins élevée, mais les technologies de motorisation seront identiques, car elles sont partagées entre les différentes marques du groupe. Cette différence se traduira également dans les prix : les Tiggo 7 et Tiggo 8 seront encore plus abordables que les modèles équivalents d’OMODA et JAECOO.
Chery disposera cependant d’une structure et d’un réseau de distribution distincts. Ses modèles ne seront pas exposés dans les mêmes bâtiments que ceux d’OMODA et JAECOO. »
l2f : Pour intégrer les car policies, il faut également être présent auprès des sociétés de leasing. Où en êtes-vous ?
G.H. : « Nous avons conclu un partenariat avec Ayvens, qui devient notre partenaire privilégié à l’échelle européenne. Ayvens fournit des solutions de leasing full service en marque blanche par l’intermédiaire de notre réseau de concessionnaires. Nos véhicules sont également proposés en leasing opérationnel et en leasing privé via les propres canaux d’Ayvens.
Le soutien d’un acteur de cette envergure est important pour une jeune marque. Il contribue à nous rendre plus accessibles et à rassurer les clients professionnels, notamment sur les valeurs résiduelles. Notre appartenance au groupe Chery nous permet aussi de nous appuyer sur un constructeur disposant déjà d’une histoire et d’une présence internationale. »
l2f : Avez-vous déjà convaincu de grandes flottes belges ?
G.H. : « Oui. Keukens De Abdij a notamment pris possession de 25 JAECOO 5 électriques destinés à ses commerciaux. La chaîne de magasins JYSK a également choisi nos marques. Ces premières références sont importantes, car elles démontrent que nos véhicules peuvent répondre aux exigences d’utilisateurs professionnels. »
l2f : Que répondez-vous aux gestionnaires de flotte qui refusent encore d’intégrer des marques chinoises dans leur car policy ?
G.H. : « Je leur mets des clés en main afin qu’ils puissent essayer nos voitures. L’essai permet généralement de lever une grande partie des réticences.
Je peux comprendre les réserves si l’on regarde l’histoire des marques chinoises en Europe. Les premières tentatives d’implantation, il y a dix ans ou davantage, ne reposaient pas toujours sur des produits répondant pleinement aux attentes des clients européens. Mais la situation a profondément changé. Les constructeurs chinois progressent extrêmement vite et disposent d’une capacité remarquable à adapter leurs produits aux besoins locaux.
Les mentalités évolueront aussi lorsque les gestionnaires de flotte verront davantage de nos véhicules dans les rues. Si les particuliers les adoptent et démontrent leur satisfaction, les entreprises suivront. »
l2f : L’innovation technologique peut-elle également accélérer cette acceptation ?
G.H. : « La technologie évolue à une vitesse considérable. Le groupe Chery travaille notamment sur des batteries solides à haute densité énergétique, avec une commercialisation à grande échelle envisagée à partir de 2027. Il développe parallèlement des batteries à électrolyte liquide capables, à terme, d’accepter des puissances de recharge pouvant atteindre 1.200 kW.
Nous parlons encore de technologies en développement, qui nécessiteront aussi des infrastructures adaptées. Elles montrent néanmoins à quelle vitesse les performances en matière d’autonomie et de recharge pourraient évoluer. »
l2f : Le groupe compte-t-il également renforcer sa présence industrielle en Europe ?
G.H. : « Notre siège européen est installé à Barcelone, où nous disposons également d’un centre de recherche et développement. D’autres centres de R&D sont implantés en Allemagne et un nouveau site est prévu à Paris. Cette présence locale nous permet de mieux adapter nos véhicules aux attentes des automobilistes européens.
En matière de production, Chery et Nissan ont signé un protocole d’accord non contraignant portant sur la possibilité de produire des véhicules du groupe dans l’usine Nissan de Sunderland, au Royaume-Uni, à partir de 2027. Les discussions doivent encore aboutir à un accord définitif, mais cette démarche illustre clairement notre volonté de renforcer notre ancrage industriel en Europe. »
l2f : Que proposez-vous aux conducteurs professionnels en matière de recharge ?
G.H. : « Nous avons développé une offre avec Electra. Chaque acheteur d’un véhicule OMODA ou JAECOO dans le Belux, qu’il s’agisse d’un particulier ou d’une entreprise, bénéficie pendant douze mois d’un abonnement Electra+ Smart ainsi que d’une réduction de 0,20 euro par kWh rechargé. »
l2f : La production étant encore principalement réalisée en Chine, quels délais de livraison pouvez-vous garantir ?
G.H. : « Notre stratégie repose sur une importante rationalisation de l’offre. Nous proposons une palette de couleurs volontairement limitée et nos véhicules ne disposent pas de longues listes d’options. Ils sont disponibles en plusieurs niveaux de finition, mais il n’est pas possible d’ajouter individuellement des équipements supplémentaires : chaque finition comprend directement un ensemble complet d’équipements.
Cette stratégie simplifie la production, facilite la gestion des stocks et réduit les délais. Un véhicule commandé aujourd’hui peut être livré dans un délai maximal de trois mois. »
l2f : L’après-vente demeure un point d’inquiétude concernant certaines nouvelles marques. Comment comptez-vous rassurer les flottes ?
G.H. : « Nous disposons d’un entrepôt spécialisé aux Pays-Bas dans lequel sont stockées de nombreuses pièces détachées. Cette organisation nous permet d’approvisionner notre réseau très rapidement, avec un objectif maximal de 24 heures pour les pièces disponibles en stock. »
l2f : Et concernant le réseau de distribution ?
G.H. : « Nous nous appuyons également sur des partenaires locaux solides, déjà implantés sur leur marché et connaissant bien leurs clients. OMODA et JAECOO sont toujours commercialisées ensemble dans des showrooms dédiés.
Notre réseau compte actuellement 37 concessionnaires dans le Belux et nous voulons atteindre 40 implantations avant la fin de l’année. L’objectif est que chaque client puisse trouver un showroom et un point après-vente à moins de vingt minutes de son domicile. »