Publié le 8 octobre 2026 à 17:28
par Damien Malvetti
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Gilbert van Rens (MAES) : « De fournisseur de carburant, nous devenons partenaire de mobilité »

Longtemps identifié à ses pompes à carburant, MAES Energy & Mobility accélère sa transformation en fournisseur de solutions multienergies. Recharge publique, bornes au bureau, câble intelligent à domicile, HVO, shops et car-wash doivent progressivement compléter son activité pétrolière historique. Mais son CEO, Gilbert van Rens, refuse d’opposer les technologies et revendique une transition guidée par les besoins réels des utilisateurs.

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Le métier de pétrolier change de nature. Pour rester pertinent auprès des entreprises, exploiter un réseau de stations-service et fournir des cartes carburant ne suffit plus. Les grands groupes internationaux l’ont compris depuis longtemps, mais les acteurs locaux suivent également le mouvement. MAES Energy & Mobility en est une illustration : l’entreprise, plus grand exploitant indépendant du pays, veut s’appuyer sur son maillage historique pour devenir un interlocuteur plus large des gestionnaires de flotte.

« MAES Mobility, ce sont aujourd’hui quatre secteurs d’activité : la distribution de carburants et de produits pétroliers, le retail avec nos stations-service, MAES Mobility avec toutes les solutions liées à la carte carburant et à la conduite électrique, et enfin les shops et car-wash », résume Gilbert van Rens.

Un réseau multimarque appelé à évoluer

Au début de l’année, plus de 100 stations arboraient les couleurs de MAES. Le périmètre réellement exploité par l’entreprise est cependant bien plus vaste : il compte quelque 320 stations réparties dans tout le pays, sous les enseignes MAES, Shell et Esso. Ce paysage multimarque résulte notamment des différentes acquisitions et collaborations nouées par le groupe au fil des années.

Une rationalisation est désormais en cours. Plusieurs stations Esso adoptent progressivement la nouvelle identité de MAES, tandis que les autres sites du réseau sont modernisés. L’enjeu ne se limite pas à la visibilité : MAES veut faire de ses implantations des points de services combinant, selon leur potentiel, carburants, recharge, commerce de proximité et lavage automobile.

Cette évolution intéresse directement le marché professionnel. Sur la base des moyens de paiement utilisés dans ses stations, MAES estime que les clients B2B représentent environ 35 % de sa clientèle. Un socle significatif pour développer de nouveaux services destinés aux flottes.

De la carte hybride à l’écosystème de recharge

MAES propose depuis plusieurs années une carte hybride permettant de payer aussi bien un plein de carburant qu’une recharge électrique. Mais l’entreprise entend maintenant aller beaucoup plus loin. « Notre activité e-Mobility est clairement en développement depuis le début de cette année », indique Gilbert Van Rens.

Le pass de recharge donne accès à plus de 700.000 points de charge standards ou rapides dans une trentaine de pays. Pour les entreprises, MAES propose également la fourniture et l’installation de bornes sur site, leur entretien, les réparations éventuelles ainsi qu’un contrat de service optionnel. L’ambition est de couvrir l’ensemble du parcours de recharge, plutôt que de fournir uniquement une carte ou un équipement.

Pour le domicile des collaborateurs, MAES a toutefois choisi une voie différente de celle suivie par la plupart des opérateurs : le câble de recharge intelligent. « Il est toujours délicat pour un employeur de faire installer une borne chez ses collaborateurs. Elle peut avoir un impact sur l’esthétique de l’habitation et elle reste installée dans un domaine privé. Lorsqu’un employé déménage ou quitte l’entreprise, la question du déplacement ou du rachat de la borne se pose. Avec notre solution, il rend simplement son câble », explique le CEO.

Selon MAES, ce smart cable peut tenir compte de la production photovoltaïque et de la gestion dynamique de la charge. Livré avec différentes connexions afin de s’adapter aux véhicules et aux installations, il peut atteindre 22 kW lorsque le raccordement domestique l’autorise. Dans les meilleures conditions, cela représenterait jusqu’à une centaine de kilomètres d’autonomie récupérée en une heure.

Ecosystème de recharge tourné vers l’avenir

Pour la recharge rapide, MAES collabore aujourd’hui avec Sparki, qui déploie des infrastructures de recharge ultrarapide sur un nombre croissant de sites au sein du réseau. Cette collaboration constitue un élément important de la stratégie de recharge et restera, au cours des prochaines années, la base du développement de notre écosystème de recharge.

En collaboration avec Sparki, MAES évalue en permanence les sites présentant le plus grand potentiel pour de nouveaux investissements. Sur les sites où aucun déploiement n’est prévu à ce stade, MAES étudie la possibilité et la pertinence d’installer des solutions de recharge complémentaires, toujours dans le respect des accords existants et en fonction de la demande du marché local.

« Notre ambition n’est pas de privilégier une technologie en particulier, mais de donner à nos clients accès aux bonnes solutions énergétiques et de mobilité, au bon endroit », explique Gilbert van Rens. « La recharge en constitue un élément important, aux côtés des carburants conventionnels, des carburants renouvelables et d’autres services de mobilité. »

MAES continue donc de miser sur une stratégie multi-énergies pragmatique, dans laquelle les différentes technologies se complètent et offrent aux clients la flexibilité nécessaire pour choisir eux-mêmes la solution la plus adaptée.

Le HVO pénalisé par la fiscalité belge

MAES ne limite pas sa stratégie de transition à l’électricité. L’entreprise a également étendu son offre avec le HVO, un carburant renouvelable compatible avec de nombreux moteurs diesel. Fabriqué notamment à partir d’huiles usagées et de graisses résiduelles traitées à l’hydrogène, le HVO peut réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de son cycle de vie par rapport au diesel fossile. Il ne supprime toutefois pas les émissions à l’échappement et ne transforme donc pas un véhicule diesel en véhicule zéro émission.

« Nous sommes le fournisseur qui propose le plus grand réseau pour ce carburant », affirme Gilbert Van Rens. Son développement reste cependant freiné par son coût et par l’absence d’un véritable incitant fiscal. « En Belgique, le HVO relève de la même fiscalité que le diesel, alors qu’il ne s’agit pas d’un carburant fossile. Il est soumis aux accises et à une TVA de 21 %. Puisqu’il alimente des véhicules thermiques, il ne bénéficie pas non plus d’une déductibilité fiscale avantageuse en fleet. C’est une occasion manquée, car il peut constituer une alternative intéressante dans la transition vers des carburants non fossiles. »

Le CEO défend dès lors une approche fondée sur les usages. « On pousse les entreprises vers le tout électrique. C’est une solution d’avenir, mais, pour certains utilisateurs — notamment les très gros rouleurs —, le diesel reste une alternative adaptée. » Pour les flottes possédant déjà des utilitaires ou des poids lourds diesel compatibles, le HVO peut effectivement réduire rapidement l’empreinte CO2 sans renouvellement anticipé des véhicules. Son prix supérieur et son traitement fiscal limitent cependant encore sa pertinence économique.

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L'hydrogène reste en attente

MAES ne propose pas encore d’hydrogène. Le nombre réduit de véhicules disponibles et le coût très élevé des stations ne permettent pas, selon Gilbert Van Rens, de construire aujourd’hui un modèle viable. Le groupe souhaite néanmoins garder cette option ouverte.

« Seuls quelques constructeurs croient et investissent réellement dans cette technologie. L’investissement dans une station serait trop important par rapport au marché potentiel. Mais je suis convaincu que l’hydrogène fera partie de l’équation à l’avenir. Pourquoi tout miser sur l’électrique ? Le diesel et l’essence ont longtemps coexisté parce qu’ils répondaient à des besoins différents. Il n’y a pas de raison pour que l’électricité soit l’unique solution de demain. »

Cette vision multienergie constitue le cœur du positionnement de MAES, même si l’évolution fiscale des voitures de société belges favorise désormais très nettement les modèles sans émissions de CO₂. L’argument est donc surtout pertinent pour les usages difficiles à électrifier rapidement : transport lourd, utilitaires intensifs ou activités nécessitant une autonomie et une disponibilité élevées.

Des stations toujours présentes dans 25 ans

Gilbert van Rens ne croit pas à une disparition rapide des carburants traditionnels. « Je suis persuadé qu’il y aura encore des stations-service proposant du carburant dans 25 ans. Certaines disparaîtront évidemment, et celles qui resteront ne proposeront plus uniquement du carburant, mais aussi des bornes de recharge et d’autres services. Avec les reprises de stations que nous effectuons, nous espérons figurer parmi les acteurs les plus importants du pays. »

Les activités périphériques doivent justement renforcer la viabilité de ces sites. MAES exploite actuellement six car-wash et prévoit quatre ouvertures supplémentaires. Son réseau compte par ailleurs une trentaine de shops proposant notamment du pain cuit sur place, du café, des boissons fraîches et des produits automobiles. « Notre objectif est réellement d’implanter la marque MAES le plus largement possible », insiste son CEO.

L’entreprise assume en revanche son absence sur les autoroutes. Les contraintes liées aux concessions et le niveau de prix pratiqué sur ces sites correspondent moins à son positionnement tarifaire. « Je ne sais pas si notre stratégie changera à l’avenir, mais nous implanter sur les autoroutes ne fait actuellement pas partie de nos plans. »

L’accessibilité comme argument fleet

Pour convaincre les gestionnaires de flotte face aux grands groupes énergétiques et aux spécialistes de la recharge, MAES met en avant son réseau, la transparence de sa facturation et sa proximité. Les relevés indiquent le lieu des transactions, les tarifs appliqués et les réductions obtenues. Le conducteur peut en outre choisir lui-même le code PIN de sa carte, afin de limiter les blocages et oublis liés à un code imposé.

« MAES reste aujourd’hui une PME accessible. Lorsqu’un client a une question, nous faisons tout notre possible pour lui répondre le plus rapidement possible. Dans l’idéal, cette réponse doit être donnée dans les cinq minutes. C’est précisément ce que nous allons concrétiser dans un avenir proche grâce à l’intelligence artificielle. Nous disposons d’un contact center actif 24 heures sur 24. Même en grandissant, nous voulons conserver cette accessibilité », promet Gilbert Van Rens. Le groupe affirme également adapter constamment ses prix pour continuer à proposer des tarifs concurrentiels sur son réseau.

Cette proximité devra devenir un véritable avantage opérationnel pour les flottes, car le marché ne se joue plus uniquement sur le nombre de stations ou de points de charge accessibles. La qualité du support, la lisibilité des tarifs de recharge, l’intégration des données et la capacité à réunir carburant, recharge publique, recharge au travail et remboursement à domicile sur une seule facture deviennent tout aussi déterminantes.

Pour Gilbert Van Rens, cette diversification ne doit toutefois pas conduire le fournisseur à imposer une technologie à ses clients. « Nous resterons aux côtés des clients, quel que soit leur choix. C’est à eux de décider s’ils sont prêts à passer à l’électrique ou s’ils préfèrent encore rouler à l’essence ou au diesel. Il faut tenir compte des contraintes environnementales, mais la mobilité doit rester accessible. Beaucoup de personnes ont besoin de leur voiture pour aller travailler. Le monde politique oublie parfois que tout le monde ne vit pas en ville et que tout le monde ne peut pas se déplacer en transports publics. La mobilité est un droit de base, pas un luxe. »

Le pari de MAES consiste donc moins à tourner brutalement la page du pétrole qu’à organiser sa coexistence progressive avec l’électricité et les carburants renouvelables.

Damien Malvetti

Damien Malvetti, rédacteur de cet article

Damien Malvetti a une formation de journaliste et est passionné par les voitures, la technologie et la mobilité. Il est responsable du contenu éditorial de link2fleet et possède une connaissance approfondie du secteur des flottes et de la mobilité électrique.

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