Publié le 31 décembre 2025 à 11:12
par Damien Malvetti

Électrification du parc fleet : une transition qui s’accélère, mais qui reste fragile

En Belgique, jamais la mutation des flottes d’entreprise n’a été aussi rapide, structurée… et déterminante. A l’intersection de la fiscalité, des ambitions climatiques et des réalités opérationnelles, l’électrification avance à grands pas, portée par une majorité d’employeurs qui ont désormais acté que le moteur thermique vit ses dernières années dans les car policies. Mais si la dynamique est réelle, elle reste marquée par des contrastes régionaux, des obstacles persistants et une demande croissante de stabilité de la part du marché.

Selon Statbel, l’office belge de statistiques officiel, la Belgique comptait en 2024 plus de 6,3 millions de voitures particulières en circulation. Parmi elles, les véhicules électriques progressent fortement, mais restent minoritaires à l’échelle globale. Et sans grande suprise, c’est le segment des voitures de société qui joue le rôle de locomotive : près de 30 % d’entre elles sont déjà électriques selon les statistiques du secrétariat social Acerta et cette proportion augmente chaque trimestre, portée par le cadre fiscal incitatif pour les BEV. Stijn Blanckaert, Directeur de Renta, la f.d.ration des loueurs, a d’ailleurs confirmé cette tendance lors du Renta Happening début novembre :  » la moitié du parc électrique belge provient du leasing ou de la location, preuve que ce sont bien les entreprises qui tirent la transition, beaucoup plus que les particuliers. »

40 % de BEV dans les flottes : un cap symbolique franchi en 2025

Le Company Car Report 2025, grande enquête menée par link2fleet auprès de plus de 400 gestionnaires de flotte belges, met aussi en lumière cette prépondérance de la voiture électrique au sein des parcs automobiles : 40 % des véhicules de société en Belgique sont désormais 100 % électriques. Une évolution spectaculaire, quand on se souvient qu’ils étaient moins de 10 % en 2020.

L’étude souligne également que :

• seulement 2 % des entreprises n’ont aucun EV en flotte;

• une large majorité se situe entre 26 et 50 % de véhicules électriques;

• 12 % dépassent déjà les 75 % d’électrification;

• et 5 % disposent d’un parc entièrement électrique.

Autrement dit, la transition n’est plus un horizon lointain : elle est entrée dans une phase d’adoption massive.

Cap sur les 75 % d’ici trois ans

Les ambitions à court terme sont encore plus révélatrices. 85 % des entreprises interrogées visent un parc composé d’au moins 75 % de BEV d’ici trois ans. Et près de 30 % envisagent déjà une flotte totalement électrique avant 2028.

Cette montée en puissance s’explique par trois moteurs majeurs :

1. La fiscalité, qui rend les véhicules thermiques beaucoup moins attractifs dès 2026.

2. Un élargissement significatif de l’offre, notamment dans les segments compacts et familiaux.

3. La professionnalisation de la gestion de flotte, avec une forte montée en puissance du TCO comme critère central.

Le TCO : nouvelle boussole stratégique des entreprises

Il ressort en effet de l’enquête Company Car Report 2025 que près d’une entreprise sur deux utilise désormais un budget TCO mensuel comme base de la car policy, loin devant le simple budget leasing. Ce changement structurel favorise directement l’électrique, qui bénéficie d’avantages fiscaux et opérationnels significatifs.

Le TCO permet :

• une comparaison objective entre motorisations;

• un pilotage plus fin de la transition énergétique;

• une responsabilisation accrue du conducteur;

• une stabilité budgétaire malgré l’inflation automobile.

Cette évolution confirme que l’électrification ne se joue plus seulement sur la technique, mais bien sur la maturité organisationnelle des entreprises.

Quelques freins persistent

Malgré les chiffres encourageants, plusieurs obstacles ralentissent encore la transition vers des flottes 100% électriques.

L’infrastructure de recharge arrive évidemment en tête de liste. 57 % des entreprises la jugent insuffisante ou mal répartie, particulièrement en Wallonie. Même si la Belgique figure dans le top 3 européen pour la densité de bornes, l’usage intensif du réseau public devient un vrai sujet.

L’autonomie continue d’inquiéter certains conducteurs fleet. Même si les modèles dépassant 500 km WLTP se multiplient sur le marché depuis quelques mois, 55 % des gestionnaires considèrent encore l’autonomie comme un frein majeur, relayant ainsi une crainte de leurs conducteurs.

Une certaine méconnaissance du TCO des modèles électriques est aussi pointée du doigt par les gestionnaires de flotte qui ont participé à notre enquête. La perception des coûts liés au véhicule reste élevée : 51 % estiment encore que les BEV sont trop chers à l’achat ou difficiles à évaluer en TCO.

En cinquième position des freins, on retrouve la résistance au changement des conducteurs. Ceux-ci craignent non seulement de devoir changer leurs habitudes, mais estiment aussi que la recharge est synonyme de stress. Les longs trajets, par exemple pour partir en vacances, continuent également de représenter une crainte pour les conducteurs.

A ce sujet, nous invitons d’ailleurs les gestionnaires de flotte à partager à leurs collaborateurs réticents notre vlog qui présente l’expérience d’un long trajet vers une destination de vacances en véhicules électriques pour tenter de lever les craintes.

Satisfaction des conducteurs en hausse

L’un des signaux les plus positifs du Company Car Report concerne l’expérience utilisateur :

78 % des conducteurs déjà passés à l’électrique se déclarent satisfaits ou très satisfaits.

Les retours mettent en avant :

  • le confort de conduite,
  • la souplesse,
  • le silence,
  • la baisse des coûts d’utilisation,
  • la fiabilité perçue.

Cette satisfaction croissante est un levier puissant pour accélérer l’adoption dans les entreprises où les conducteurs hésitent encore. En tant que gestionnaires de flotte, n’hésitez pas à vous appuyer sur ces témoignages positifs pour les partager à vos conducteurs qui restent sceptiques quant à l’adoption d’une voiture de société électrique.

Recharge à domicile : un pilier incontournable

Pour réussir la transition vers une flotte électrique, il faut proposer des solutions de recharge adaptées à vos collaborateurs. Les entreprises participantes à notre Company Car Report l’ont bien compris. Près de 85 % d’entre-elles proposent ainsi déjà l’installation d’une borne à domicile et/ou un système de remboursement encadré, généralement basé sur un tarif plafonné (CREG).

La recharge sur site reste également une solution essentielle à mettre en place. Non seulement parce qu’elle permet de garder les coûts de recharge sous contrôle grâce au tarif préférentiel d’électricité dont bénéficient les entreprises – ou à l’usage de panneaux solaires -, mais aussi parce qu’elle offre une solution aux collaborateurs qui ne peuvent pas installer une borne à domicile.

Selon les chiffres du Company Car Report, 87 % des entreprises disposent déjà de bornes au bureau. Il s’agit majoritairement de stations de recharge en courant alternatif (AC) pour des raisons de coût et de simplicité. A noter que près de 30 % des répondants jugent leur infrastructure au bureau encore insuffisante.

La recharge publique complète l’ensemble, mais reste source de critiques concernant les coûts, la localisation et la disponibilité.

Régions : trois vitesses dans la transition

Les chiffres montrent un pays qui avance… mais pas de façon uniforme. Les différences selon les régions sont notables. Les chiffres ci-dessous sont basés sur la localisation du siège de l’entreprise.

Bruxelles : leader incontesté

  • 39 % de BEV
  • 22 % de PHEV
  • Plus de 60 % du parc déjà électrifié

Flandre : dynamique similaire et stable

  • 41 % de BEV
  • Mêmes tendances fiscales et sociétales que Bruxelles

Wallonie : retard structurel

  • 32 % de BEV,
  • Le diesel représente encore 26 %,
  • Manque de bornes publiques clairement ressenti.

Les conditions pour accélérer la transition

Lorsque l’on demande aux gestionnaires de flotte ce qui pourrait booster davantage la transition, trois messages ressortent très clairement :

  1. La baisse des prix des véhicules électriques, cité par plus de 70 % des entreprises;
  2. Le développement renforcé de l’infrastructure: 60 % souhaitent un maillage plus dense et mieux réparti.
  3. La stabilité fiscale: Près d’un gestionnaire de flotte sur deux demande un cadre prévisible jusqu’en 2030-2035.

Globalement, le secteur ne réclame pas forcément plus d’incitants, mais une visibilité pour planifier sereinement les investissements.

Damien Malvetti

Damien Malvetti, rédacteur de cet article

Damien Malvetti a une formation de journaliste et est passionné par les voitures, la technologie et la mobilité. Il est responsable du contenu éditorial de link2fleet et possède une connaissance approfondie du secteur des flottes et de la mobilité électrique.

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