Assurance à l’usage : une véritable opportunité d’économies pour les flottes ?
La pression sur les coûts n’a jamais été aussi forte pour les entreprises belges. Entre l’électrification accélérée des parcs, la fiscalité qui se durcit chaque année et l’augmentation continue du coût des réparations – estimée entre 8 et 12 % par an selon Assuralia – les gestionnaires de flotte doivent revoir en profondeur leurs stratégies d’optimisation. Dans ce contexte, l’assurance à l’usage, ou Usage-Based Insurance (UBI), attire de plus en plus l’attention. Mais cette formule constitue-t-elle un véritable levier d’économies ou simplement une tendance séduisante portée par la digitalisation des flottes ? Nous avons mené l’enquête.
Jusqu’il y a peu, l’assurance à l’usage – parfois aussi appelée assurance au kilomètre – était surtout réservée aux clients particuliers qui utilisent peu leur véhicule. Mais depuis quelques années, cette solution s’adresse aussi de plus en plus aux flottes d’entreprise.
L’idée de payer une prime d’assurance en fonction de l’utilisation réelle du véhicule plutôt que sur des critères statistiques traditionnels semble parfaitement alignée avec les nouvelles réalités de la mobilité. Le télétravail structurel, désormais bien ancré en Belgique, a réduit les kilométrages annuels de 15 à 25 % dans de nombreuses entreprises. Les politiques de mobilité multimodale, combinant voiture, vélo, transports publics ou solutions partagées, renforcent encore cette tendance. Et l’obligation de proposer le budget de mobilité pour les entreprises de plus de 50 collaborateurs dès janvier prochain ne devrait faire qu’appuyer cette tendance. Dans un tel contexte, il paraît de moins en moins logique d’assurer de la même manière un collaborateur parcourant 10.000 kilomètres par an et un commercial qui en effectue 50.000.
Unbundling nécessaire
Evidemment, si vos véhicules sont en contrat de leasing opérationnel complet, impossible de faire des cas particuliers. Vos assurances sont incluses dans les contrats avec des critères identiques pour tous les collaborateurs. Pour pouvoir mettre en place une assurance à l’usage, il est donc impératif d’unbundler ses assurances, autrement dit de sortir le poste assurance de vos contrats de leasing et de négocier directement des contrats individuels auprès d’assureurs.
Une démarche qui demande du temps, mais qui pourrait vous réduire le TCO de votre flotte. Les assureurs avancent régulièrement des économies de 10 à 25 % pour les flottes partageant leurs données d’usage ou de conduite. Certaines solutions évoquent même des réductions pouvant atteindre 30 %, mais ces chiffres correspondent généralement à des cas très optimisés, après plusieurs années d’analyse et de travail sur les comportements de conduite. Pour une flotte de 100 véhicules assurés en moyenne 1.200 euros par an, une réduction de 15 % représenterait déjà 18.000 euros d’économies. Sur le papier, l’intérêt est évident. Pourtant, limiter l’analyse à la seule prime d’assurance serait réducteur.
Réduire la sinistralité
Le véritable potentiel de l’assurance à l’usage réside dans sa capacité à réduire la sinistralité. Les données télématiques permettent d’identifier les comportements à risque, de sensibiliser les conducteurs et de mettre en place des actions de formation ciblées. Les résultats observés sur le marché sont significatifs. En Belgique, les PME utilisant la télématique constatent en moyenne une réduction de 20 % des accidents. À l’international, plusieurs études montrent une baisse de 17 % de la fréquence des sinistres sur trois ans et une diminution de 36 % du coût moyen des dossiers. Certaines flottes particulièrement engagées dans la prévention atteignent même des réductions de plus de 40 %. Pour les entreprises, ces gains dépassent largement la simple économie réalisée sur la prime : chaque accident évité réduit les franchises, les coûts de réparation, l’immobilisation des véhicules, les frais de remplacement, la charge administrative et, à terme, les hausses futures de primes.
L’un des freins historiques à l’assurance connectée était la nécessité d’installer des boîtiers spécifiques dans les véhicules. Ce frein appartient désormais au passé. Près de 45 % des PME belges utilisent déjà des solutions télématiques pour le suivi des véhicules, l’optimisation des tournées ou la gestion énergétique des véhicules électriques. Les données nécessaires à l’UBI sont donc souvent déjà disponibles, ce qui permet aux assureurs de construire des modèles tarifaires plus précis sans investissement technologique supplémentaire pour les entreprises. L’assurance à l’usage n’est plus un projet technologique : elle devient une extension naturelle de la télématique existante.
Incertitude budgétaire et protection des données
Cette évolution n’est toutefois pas exempte de défis. L’assurance traditionnelle présente un avantage souvent sous-estimé : la prévisibilité budgétaire. Avec une formule indexée sur l’usage réel, une année marquée par une hausse d’activité ou une augmentation des déplacements peut entraîner une hausse mécanique des coûts. Le modèle devient plus juste, mais potentiellement moins stable. Les entreprises devront donc arbitrer entre optimisation tarifaire et visibilité financière, un équilibre particulièrement sensible dans un contexte économique incertain.
La question de la protection des données constitue un autre enjeu majeur. En Belgique, la sensibilité autour de la vie privée est forte, et l’acceptation des outils télématiques dépend largement de la transparence. Les conducteurs acceptent généralement la collecte de données lorsqu’elle vise la sécurité ou l’optimisation opérationnelle. L’adhésion devient plus délicate lorsque ces données influencent directement le coût de l’assurance. Une communication claire sur les données collectées, leur finalité et leur durée de conservation sera indispensable pour éviter que l’outil ne soit perçu comme un instrument de surveillance.
Pour les gestionnaires de flotte, la question essentielle n’est peut-être pas de savoir combien ils peuvent économiser sur leur prime d’assurance, mais combien ils peuvent économiser en évitant les sinistres. À long terme, c’est probablement cette différence qui fera pencher la balance en faveur de l’assurance à l’usage.

