Publié le 31 décembre 2025 à 16:43
par Damien Malvetti

LCV zéro émission : une transition qui se prépare, pas qui s’improvise

Même si la législation ne pousse pas encore les sociétés belges à opter pour des véhicules utilitaires légers 100% électriques, de nombreuses entreprises font déjà le pas d’électrifier tout ou partie de leur flotte LCV. Il faut dire que l’offre se développe très rapidement. Dans cet article, nous vous proposons un point complet sur le marché, ses enjeux et ses défis.

En Belgique, le parc des véhicules utilitaires légers (-3,5 t) a connu une progression significative : il est passé d’environ 594.750 unités en 2010 à près de 829.417 en 2020, soit une augmentation de près de 40% en 10 ans. En 2020, les LCV représentaient environ 10,5% de la flotte automobile belge totale.

L’arrivée massive ces dernières années de modèles équipés d’une motorisation électrique a permis de porter l’autonomie des utilitaires modernes entre 250 et 350 km réels selon les modèles. Pour les flottes belges, cette amélioration ouvre la voie à des missions mixtes (urbaines + périurbaines), mais la prise en compte des spécificités belges est indispensable : actuellement, seulement 4,78 % des nouvelles immatriculations de LCV sont 100 % électriques, auxquels s’ajoutent 1,26 % d’hybrides plug-in. L’électrification des flottes est donc encore en phase de transition, mais n’est pas encore une évidence pour tous.

Preuve en est : le diesel reste le carburant roi dans ce secteur avec une part de marché estimée à 88% des véhicules utilitaires neufs immatriculés sur les 9 premiers mois de cette année.

Pas d’incitants fiscaux

Si l’électrification des véhicules utilitaires légers est plus timide que celle des voitures de société, c’est aussi parce qu’il n’existe actuellement aucune mesure de soutien financier aux entreprises qui osent ce switch. Et ce n’est malheureusement pas près de changer, comme le regrettait la fédération EV Belgium après l’annonce de l’accord sur le budget fédéral par le gouvernement De Wever fin novembre. « La suppression ou le report des soutiens existants ravive l’incertitude pour les entreprises qui doivent aujourd’hui prendre des décisions d’investissement cruciales avec un horizon de 8 à 12 ans », déplore Philippe Vangeel, directeur d’EV Belgium. « Le secteur y voit le signe qu’il n’existe pour l’instant aucun plan clair pour l’électrification du transport professionnel, alors que les pays voisins — comme les Pays-Bas — maintiennent justement de fortes incitations. C’est particulièrement regrettable, car ce sont précisément ces segments dont le TCO n’est actuellement pas positif sans politique ciblée, ce qui entraîne le report d’investissements pourtant nécessaires. »

EV Belgium a d’ailleurs demandé au gouvernement « d’apporter rapidement de la clarté et de réactiver le cadre de soutien pour les véhicules utilitaires légers et lourds, afin que les entreprises de transport et de logistique puissent planifier leur transition et que la Belgique reste compétitive dans un marché en pleine évolution internationale. »

Philippe Vangeel EV Belgium

« Il n’existe pour l’instant aucun plan clair pour l’électrification du transport professionnel, alors que les pays voisins maintiennent justement de fortes incitations. »

Philippe Vangeel, Directeur d’EV Belgium

Une offre toujours plus large

Ce n’est pourtant pas faute de disposer d’un large éventail de modèles 100% électriques. Aujourd’hui, tous les constructeurs disposent de véhicules utilitaires légers full électriques dans presque chacun des segments du marché. Certains ont même déjà fait le choix de ne plus proposer que des versions électriques au sein de leur gamme. D’autres, comme Kia, font même leur retour sur ce marché avec une future gamme uniquement disponible en électrique.

Tout comme les modèles thermiques, les versions électriques proposent souvent différentes options de longueurs et hauteurs pour pouvoir répondre aux besoins du public le plus large possible. Le volume de chargement et la charge utile arrivent également aux mêmes niveaux que les modèles thermiques.

A noter que deux modèles sont également disponibles en hybride rechargeable : le Ford Transit Custom et le Volkswagen Transporter, développés en commun par les deux constructeurs. L’hybride peut représenter une excellente solution de transition pour les conducteurs ou les missions pour lesquels le full électrique n’est pas encore la solution idéale.

Comment les implémenter ?

Implémenter une flotte de véhicules utilitaires légers est beaucoup plus complexe qu’une flotte de voitures particulières. Il faut ici tenir compte de bien davantage de facteurs: adaptation de l’infrastructure de recharge (borne(s) sur site, réseau public), formation des conducteurs, ajustement des process de planification des tournées selon autonomie, etc.

Mais avant tout, il est essentiel de s’assurer que l’électrique est bien la meilleure solution pour (l’ensemble de) votre flotte. L’autonomie des LCV électriques s’améliore mais n’est pas encore idéale pour toutes les situations. Pour des missions longues ou avec forte charge utile par exemple, le diesel – ou éventuellement l’hybride rechargeable – peut encore être la meilleure solution aujourd’hui. Rien ne sert de forcer le passage à l’électrique si cette motorisation n’est pas encore adaptée à tous vos usages. Une analyse préalable de vos besoins est une étape à ne pas sous-estimer. De plus, il faut choisir des modèles dont les volumes de chargement et la capacité utile correspondent aux besoins effectifs de votre entreprise.

Contrairement aux premières générations, où l’intégration des batteries empiétait sur l’espace utile, les LCVélectriques actuels libèrent des volumes de chargement équivalents aux modèles thermiques… mais il faut toutefois rester vigilant car la charge utile doit rester compatible avec les missions. Le gestionnaire de flotte devra veiller à adapter la taille et la configuration du véhicule aux tournées, aux conditions de chargement et aux contraintes d’autonomie. Un LCV « vert » mais trop faible en volume ou charge utile risque d’augmenter les coûts opérationnels ou de réduire la productivité.

Connectivité et TCO

La connectivité et les solutions télématiques sont aussi essentielles pour optimiser la gestion de votre parc de LCV électrique. Ces technologies permettent de recourir à la planification de recharges, au suivi des consommations, à l’analyse des données de conduite et à l’agrégation des profils de mission (urbain, inter-ville, livraison express).

D’un point de vue TCO, l’évaluation ne se limite plus à l’amortissement classique : elle intègre l’achat ou la location, le coût énergétique (le kWh vs litre de diesel), l’entretien, la disponibilité (temps d’immobilisation), la valeur résiduelle, mais aussi la fiscalité. Avec un parc qui grandit, les gestionnaires de flotte doivent planifier la transition, opter pour un mix énergétique adapté et anticiper les renouvellements.

Damien Malvetti

Damien Malvetti, rédacteur de cet article

Damien Malvetti a une formation de journaliste et est passionné par les voitures, la technologie et la mobilité. Il est responsable du contenu éditorial de link2fleet et possède une connaissance approfondie du secteur des flottes et de la mobilité électrique.

Cet article parle de : A la une, LCV, Véhicules
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