Publié le 17 juillet 2026 à 15:58
par Dieter Quartier

Le business du leasing de seconde main en plein boom : plus de flexibilité, des coûts réduits et des clients satisfaits

Le leasing de seconde main a longtemps été un produit de niche sur le marché fleet. Mais la situation évolue rapidement. De nouveaux acteurs ont entièrement construit leur business modèle sur ce concept, tandis que les grandes sociétés de leasing donnent de plus en plus souvent une seconde vie à leurs voitures récentes en fin de contrat. Suite à l’augmentation des prix des véhicules, à l’électrification et à la demande croissante de flexibilité, le leasing de seconde main devient une alternative à part entière. Link2fleet a échangé avec Sam Heymans (Lizy), Cédric Tilliet (Arval) et Sven Pauwels (Ayvens) autour des perspectives d’avenir de ce marché.

leasing deuxième main

Lorsque les voitures électriques ont commencé à inonder le marché, toute l’attention se portait sur les nouveaux modèles, des batteries plus grandes et des temps de recharge plus rapide. Mais entre-temps, une nouvelle tendance émerge : les anciennes voitures de leasing qui sont encore en bon état d’usage sont proposées à la location une seconde fois.

Cette tendance est renforcée par le fait que les sociétés de leasing n’obtiennent pas les prix de vente escomptés pour les voitures électriques en fin de contrat. La demande n’arrive simplement pas à suivre l’offre grandissante. Le marché belge des voitures électriques d’occasion semble avoir tourné la page de la baisse des valeurs résiduelles. Selon AutoScout24, la demande est en hausse tandis que l’offre se contracte, ce qui a permis au marché de se stabiliser au premier semestre 2026. Durant cette période, 19.772 voitures particulières 100 % électriques d’occasion ont été immatriculées, soit 33,9 % de plus qu’un an auparavant. Leur part de marché est ainsi passée de 4,0 % à 5,9 %.

Cela n’empêche pas les sociétés de leasing de vendre principalement leurs véhicules en fin de contrat à l’étranger. Elles ne dépendent donc pas uniquement de la situation du marché belge. Pour atténuer quelque peu la pression sur les volumes, elles peuvent également se tourner vers le leasing de véhicules d’occasion.

Les voitures électriques dont la valeur résiduelle avait été initialement surestimée au début du premier contrat de leasing peuvent ainsi continuer à être amorties jusqu’à ce que leur valeur comptable devienne inférieure ou, à tout le moins, égale à leur valeur de marché. Ces véhicules d’occasion permettent en outre de toucher un nouveau public et peuvent donc générer de nouvelles opportunités commerciales pour le loueur.

Pourquoi une entreprise opterait elle pour un leasing de seconde main ? Longtemps perçu comme un simple moyen de réduire les coûts de mobilité, ce type de financement évolue aujourd’hui vers une solution de mobilité plus globale. La flexibilité, grâce à des durées de contrat plus courtes, la durabilité ainsi que l’accès à des véhicules premium jouent désormais un rôle au moins aussi important que le prix.

cedric tilliet

« Nous connaissons l’historique d’entretien complet des véhicules. Nous sélectionnons les meilleurs. »

Cédric Tilliet, Product Manager chez Arval

D’expérimentation vers une offre structurelle

Chez les sociétés de leasing traditionnel, le leasing de seconde main a évolué d’une opportunité à un produit à part entière. Chez Ayvens, l’histoire a débuté un peu au hasard, comme l’expose Sven Pauwels, Communication Expert chez le plus grand loueur longue durée du pays.

« Ca a commencé avec un lot de récentes BMW avec un faible kilométrage qui avait été loué pendant quelques années par une société de consultance. Ces véhicules arrivaient en fin de contrat, mais paraissaient tout à fait intéressants pour être proposer à nouveau à la location. Et ça a fonctionné : elles sont parties comme des petits pains.

Après évaluation, nous avons décidé d’élargir le projet à d’autres modèles. »

Aujourd’hui, ces véhicules sont proposés sous le nom Ayvens Re-lease.

Arval croit aussi en ce concept avec son offre Arval Re-Lease. « Nous avons débuté en 2021, mais à l’époque, c’était encore à faible échelle », indique Cédric Tilliet, Product Manager chez Arval. « Ces deux ou trois dernières années, le focus est devenu visiblement beaucoup plus grand. Nous disposons d’une importante flotte et Re-Lease nous permet de remettre nos propres véhicules en circulation. »

Selon Tilliet, c’est précisément là que réside l’un des principaux avantages. « Nous connaissons l’historique complet de l’entretien de chaque véhicule. Nous sélectionnons les meilleurs exemplaires. Les véhicules qui nécessitent, par exemple, d’importants travaux de remise en état ne sont pas retenus et sont revendus via les circuits habituels aux négociants. »

A l’inverse d’Arval et Ayvens, Lizy ne propose que des voitures de seconde main. Le leasing d’occasion est donc le core business de cette entreprise encore relativement récente sur le marché. « Nous avons deux sortes de clients », expose Sam Heymans, co-fondateur et CEO. « D’une part, les entreprises qui disposent déjà d’une solution de leasing, mais qui recherchent activement une alternative flexible et fiscalement intéressante. D’autre part, nous avons des clients qui achetaient autrefois des véhicules d’occasion et découvrent aujourd’hui que le leasing de seconde main peut les décharger totalement de l’administratif. Ils ne doivent pas acheter une voiture, la vendre ou encore s’inquiéter eux-mêmes des tâches administratives ou prendre des risques. »

Davantage de voiture pour le même budget

Les voitures neuves sont devenues nettement plus chères ces dernières années. L’électrification, les nouvelles exigences technologiques et la hausse du coût des matières premières ont fortement fait grimper les prix catalogue. Dans ce contexte, une voiture d’occasion récente peut constituer une alternative particulièrement intéressante.

« En moyenne, un véhicule proposé en Re-Lease coûte environ 20 % de moins qu’un véhicule neuf comparable en leasing », explique Cédric Tilliet. « Les clients peuvent donc soit rouler avec le même modèle pour un budget inférieur, soit accéder à un segment supérieur ou à une marque premium sans augmenter leur budget. »

Cette seconde motivation prend d’ailleurs de plus en plus d’importance. Ayvens constate également un engouement croissant pour les modèles premium dans le cadre du leasing de véhicules d’occasion. « Au sein des grandes entreprises, certains collaborateurs qui choisissent eux-mêmes leur voiture souhaitent tout simplement en avoir davantage pour leur budget », explique Sven Pauwels. « Les marques premium rencontrent donc un réel succès. En outre, le véhicule étant plus ancien, l’avantage de toute nature est généralement plus faible, ce qui constitue un atout supplémentaire. »

Selon Sam Heymans, les PME sont surtout séduites par la combinaison entre prix et flexibilité. « De nombreuses entreprises constatent qu’il devient de plus en plus difficile de proposer la même catégorie de véhicules qu’auparavant, simplement parce que les voitures sont devenues plus chères. Le leasing de véhicules d’occasion permet de conserver une offre attractive. Il se prête également parfaitement à des contrats de plus courte durée, ce qui en fait une solution idéale pour les entreprises en phase de démarrage. »

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« La qualité de la batterie n’est en réalité pas un problème. Nous fournissons systématiquement un rapport de State of Health afin que le client sache exactement à quoi s’attendre. »

Sven Pauwels, Communication Expert chez Ayvens

Voitures électriques d'occasion : les craintes liées à la batterie s'estompent

Chez Lizy, l’offre évolue rapidement vers le tout électrique. « Aujourd’hui, 70 à 80 % de nos nouveaux contrats concernent des véhicules 100 % électriques », explique Sam Heymans. « Et nous nous attendons à ce que cette proportion atteigne rapidement 90 à 95 %. » Ces chiffres reflètent la tendance générale du marché des véhicules neufs : aujourd’hui, neuf voitures sur dix commandées auprès d’une société de leasing en Belgique sont entièrement électriques.

La fiscalité belge joue évidemment un rôle déterminant dans cette évolution. Mais certains clients continuent de s’interroger sur la durée de vie et les performances de la batterie. Selon les sociétés de leasing, ces craintes sont toutefois largement infondées dans la pratique.

« Par le passé, nous constations beaucoup d’hésitations concernant l’état de santé des batteries », explique Cédric Tilliet. « C’est pourquoi nous fournissons désormais systématiquement un certificat de batterie. Les milliers de contrôles que nous avons réalisés montrent un State of Health moyen d’environ 95 %. C’est tout simplement un excellent résultat. »

Ayvens remet également un rapport sur l’état de santé de la batterie pour ses véhicules électriques proposés en Re-Lease. « La qualité de la batterie n’est en réalité pas un problème », affirme Sven Pauwels. « Nous fournissons systématiquement un rapport de State of Health afin que le client sache exactement à quoi s’attendre. »

Chez Lizy, la batterie de chaque véhicule électrique est également contrôlée. L’entreprise met en avant un autre argument : chaque véhicule électrique loué en seconde vie est un véhicule électrique neuf qui n’a pas besoin d’être produit. Dans cette optique, le leasing de véhicules d’occasion constitue un choix plus durable que la commande d’un véhicule neuf.

Remise en état : indispensable ou non ?

Fait remarquable, tous les acteurs n’adoptent pas la même stratégie. Lizy a fait le choix d’une remise en état approfondie de ses véhicules. « Aujourd’hui, nous remettons tous nos véhicules en état selon des standards de qualité élevés », explique Sam Heymans. « Nos clients attendent un haut niveau de qualité. Cela dit, nous n’excluons pas qu’un marché se développe à l’avenir pour des clients prêts à accepter quelques traces d’usure en échange d’un prix plus avantageux. »

Ayvens adopte une approche différente. « Nous n’effectuons pas de réparations », explique Sven Pauwels. « Ce n’est pas notre cœur de métier et cela alourdit et ralentit le processus. Nous travaillons exclusivement avec nos propres véhicules, dont nous connaissons parfaitement l’historique d’entretien et que nous avons suivis de A à Z. Nous sélectionnons avant tout les exemplaires les plus soignés et présentant le moins de dommages possible. »

Arval se situe entre ces deux approches. « Nous remettons également les véhicules à un certain niveau de qualité, en nous basant sur les dommages jugés inacceptables selon la norme Renta », précise Cédric Tilliet. « Il s’agit malgré tout de véhicules d’occasion qui peuvent présenter des traces d’usure considérées comme acceptables. Les rayures, par exemple, ne sont donc pas systématiquement réparées. En revanche, tous les véhicules font l’objet d’un contrôle technique complet. »

Vous vous demandez peut-être comment sont gérés les dommages de fin de contrat et l’application de la norme Renta. La réponse est simple : cette norme s’applique de la même manière à la fin d’un contrat de leasing d’occasion qu’à l’issue d’un premier contrat de leasing. Le nombre et la nature des dommages acceptés dépendent de l’âge du véhicule à la restitution. Ainsi, un véhicule de leasing âgé de plus de 50 mois à la fin de son contrat peut présenter jusqu’à 12 dommages mineurs considérés comme acceptables.

Sam Heymans - Lizy

“« De nombreuses entreprises constatent qu’il devient de plus en plus difficile de proposer la même catégorie de véhicules qu’auparavant, simplement parce que les voitures sont devenues plus chères. Le leasing de véhicules d’occasion permet de conserver une offre attractive. »

Sam Heymans, Co-fondateur et CEO de Lizy

Le défi ? La disponibilité !

Le leasing de véhicules d’occasion présente également certaines limites. Contrairement à un véhicule neuf, le client ne peut pas configurer librement son véhicule : son choix dépend du stock disponible. Il n’est pas non plus possible de sélectionner soi-même une voiture d’occasion chez un concessionnaire avant de demander une offre de leasing d’occasion à Arval, Ayvens ou Lizy.

« Le véritable défi consiste à faire coïncider l’offre et la demande », reconnaît Cédric Tilliet. « Nous ne pouvons proposer que les véhicules qui ont été commandés neufs par nos clients il y a quelques années. Certains modèles, notamment les véhicules premium récents et bien équipés, trouvent preneur très rapidement. Pour certains d’entre eux, la demande dépasse même l’offre. »

Chez Lizy, cette tension entre l’offre et la demande est moins marquée. L’entreprise dispose en permanence d’un stock de 600 à 800 véhicules d’occasion récents. Contrairement à Arval et Ayvens, elle ne se limite pas aux véhicules issus de sa propre flotte de leasing, mais achète activement des véhicules d’occasion sur le marché. Cette stratégie lui permet de mieux répondre à la demande. « Nous nous approvisionnons auprès de négociants spécialisés et parfois même directement auprès des constructeurs automobiles. Il s’agit souvent de véhicules ayant servi de voitures de fonction », explique Sam Heymans.

« Pour les grandes flottes, nous pouvons d’ailleurs raisonner en termes de catégories de véhicules », poursuit-il. « Tous les clients ne sont pas attachés à une marque précise. Pour beaucoup d’entreprises, le critère déterminant est avant tout le budget disponible ou le segment de véhicule recherché. »

Une tendance durable dans le secteur fleet

Les trois entreprises s’accordent sur un point : le leasing de véhicules d’occasion n’est pas un phénomène de mode. La combinaison de l’électrification, de la hausse des prix et de la recherche de davantage de flexibilité confère aux véhicules d’occasion récents une place de plus en plus importante dans la mobilité d’entreprise.

Les avantages sont évidents : grâce à des durées de contrat plus courtes, les entreprises peuvent gérer leur flotte avec davantage de souplesse, tout en réduisant leurs coûts. Les collaborateurs qui choisissent eux-mêmes leur véhicule disposent d’un choix plus large à budget équivalent. Pour certains acteurs, c’est aussi une nouvelle manière d’envisager le cycle de vie complet d’une voiture de société. Le premier contrat de leasing ne marque plus la fin de son parcours. Il constitue de plus en plus le début d’un deuxième chapitre. Et, pourquoi pas, dans quelques années, d’un troisième.

Dieter Quartier

Dieter Quartier, rédacteur de cet article

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