Publié le 26 mai 2026 à 16:04
par Kevin Kersemans

Interview Eric Van Bael, CEO Muto Mobility: “Budget mobilité et coûts de recharge : ça empêche les mobility managers de dormir !”

Il y a environ un an, link2fleet s’entretenait avec Eric Van Bael au sujet du lancement de Muto, la plateforme de mobilité destinée à remplacer progressivement XPOfleet. Cette année, le XPOfleet Mobility Day a également été rebaptisé Muto Mobility Day. Une excellente occasion de discuter à nouveau avec le CEO de l’entreprise de logiciels.

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link2fleet : Comment s’est déroulée cette première édition du Muto Mobility Day ?

Eric Van Bael : « Très bien ! Non seulement en termes de participation, avec plus de 200 personnes présentes, mais aussi en ce qui concerne la qualité des intervenants externes. Les enquêtes réalisées après l’événement auprès des clients, prospects et partenaires montrent également qu’il s’agissait d’une excellente édition. Notre ambition avec cet événement est d’inspirer et de partager des connaissances. Cette journée ne tourne pas vraiment autour de nous ; nous nous considérons plutôt comme un catalyseur qui rassemble les acteurs de notre écosystème. »

l2f : Et comment se déroule la transition de XPOfleet vers Muto ?

E.V.B. : « Notre ambition est d’avoir migré l’ensemble de nos clients d’ici fin 2027. Chaque mois, de nouveaux clients passent sur Muto. Donc, il nous en reste encore un certain nombre à accompagner. Nous procédons de manière progressive. Nous avons développé des scripts de migration permettant d’injecter de manière entièrement automatisée les données de XPOfleet dans Muto, et cela se passe très bien. Mais il s’agit évidemment d’un produit différent, ce qui implique aussi une part de change management. »

l2f : Et les utilisateurs s’y retrouvent-ils immédiatement ou cela nécessite-t-il un certain accompagnement ?

E.V.B. : « Je vais être honnête : cela dépend d’un client à l’autre. Chaque client a ses propres habitudes, ses propres fournisseurs et ses propres données. Mais nous disposons d’une équipe qui connaît très bien nos clients, qui maîtrise parfaitement les deux systèmes et qui assure, selon les besoins, un certain accompagnement. Nous avons également mis en place une excellente boucle de feedback au niveau du produit. »

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Eric Van Bael; Muto Mobility Day 2026

l2f : Pouvez-vous résumer une nouvelle fois en quoi Muto se distingue de XPOfleet ?

E.V.B. : « XPOfleet avait réellement été développé comme un outil de gestion de flotte destiné aux voitures de société. Pour y intégrer, par exemple, un vélo de leasing, il fallait déjà recourir à une solution de contournement : il fallait en fait encoder le vélo comme une voiture… alors qu’il s’agissait évidemment d’un vélo. Muto, en revanche, a été conçu pour gérer cela de manière beaucoup plus simple. Il n’était pas non plus possible, dans XPOfleet, de lier la borne de recharge installée au domicile d’un collaborateur à celui-ci. Tout cela est désormais possible dans Muto, et c’est précisément la raison pour laquelle nous ne parlons plus d’un outil de fleet management, mais bien d’un outil de mobility management. »

l2f : Il est en effet clair que le terme fleet management devient progressivement trop restrictif. Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux enjeux liés à la mobilité qui préoccupent les entreprises ?

E.V.B. : « Je pense qu’il y a deux sujets qui ressortent particulièrement. Le premier est l’introduction du budget mobilité fédéral. Déjà, selon moi, le nombre d’entreprises qui ne l’ont pas encore mis en place reste très élevé. Mais c’est clairement un thème qui occupe à la fois les responsables RH et les gestionnaires de mobilité. L’autre sujet est ce que l’on pourrait appeler la deuxième vague de l’électrification. Grâce aux incitants fiscaux, la Belgique est pratiquement devenue un leader en matière d’électrification des flottes. Mais alors qu’il y avait auparavant peu de variations dans les coûts de carburant, les entreprises sont aujourd’hui confrontées à un manque de transparence et de prévisibilité des coûts de recharge. Beaucoup d’efforts ont été consacrés à lever les obstacles afin de faire passer les collaborateurs aux véhicules électriques. Cela a fonctionné dans de nombreuses entreprises, et l’on voit désormais le focus se déplacer vers : “Comment gérer ces coûts aujourd’hui ?” Par ailleurs, d’autres défis nous attendent également en matière de compliance et de reporting CO₂… »

l2f : En ce qui concerne le budget mobilité : il y a eu beaucoup de débats ces derniers temps autour du volet “frais de logement”. Quel est votre avis à ce sujet ?

E.V.B. : « Nous travaillons à l’international et faisons partie d’un groupe international. Dans ce cadre, j’ai remarqué que je dois expliquer à des interlocuteurs étrangers comment les frais de logement ont pu se retrouver dans ce concept. Mais je comprends la logique : une personne qui habite plus près de son lieu de travail doit moins se déplacer. À mes yeux, l’intention est donc bonne. Toutefois, il faut pouvoir ajuster le système lorsque les données montrent qu’il ne produit pas l’effet escompté et qu’il est utilisé de manière inadéquate. Les autorités sont actuellement en discussion avec les groupes de travail concernés afin de trouver un compromis viable. Je m’attends donc à ce qu’il y ait des ajustements, sans pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain, car le concept en lui-même reste pertinent. »

l2f : Tout cela rend la gestion de la mobilité de plus en plus complexe.

E.V.B. : « Le fait est que c’est un sujet important : si vous ne gérez pas cela correctement, vous risquez des erreurs dans le calcul des salaires. D’ailleurs, lors de notre Mobility Day, nous voyons de plus en plus de responsables RH parmi les participants. Le fleet management évolue vers le mobility management, et le mobility management devient de plus en plus une composante des ressources humaines. Et dès que l’on atteint une cinquantaine de collaborateurs, il devient indispensable de disposer d’un outil adapté pour pouvoir effectuer correctement les calculs salariaux. »

l2f : Cette complexité est-elle uniquement un inconvénient ou aussi un accélérateur d’innovation ?

E.V.B. : « J’aurais tendance à dire qu’il s’agit d’un accélérateur d’innovation. Beaucoup d’entreprises électrifient notamment leur flotte parce que cela les aide à atteindre leurs propres objectifs en matière de durabilité. Il y a bien sûr la complexité de cette transition, ainsi que celle liée à la fiscalité, mais au final, cela a permis à la Belgique de devenir un des pays leaders en la matière. Et c’est positif pour atteindre les objectifs climatiques européens. Nous voyons d’ailleurs d’autres pays suivre cette évolution. Comme je l’ai dit, nous travaillons à l’international. Pendant longtemps, on a toujours insisté sur les différences entre le fleet et le mobility management d’un pays à l’autre, mais il existe malgré tout beaucoup d’éléments communs. Et aujourd’hui, on voit d’autres marchés se tourner vers nous pour reprendre certains principes et concepts. Donc oui, je considère cela comme un véritable moteur d’innovation. »

l2f : Grâce aux données de vos utilisateurs, avez-vous une vision de l’évolution de l’importance de la voiture dans le package mobilité ?

E.V.B. : « Je dois commencer par préciser que les données des utilisateurs leur appartiennent. Nous n’y avons donc pas accès. Mais via notre société de services Mobilitypower (la société sœur de Muto destinée aux clients qui préfèrent externaliser entièrement leur gestion de la mobilité, ndlr), nous avons tout de même une bonne perception du marché et de ce qui se passe chez nos utilisateurs. Et nous constatons effectivement que la popularité de la voiture diminue, du moins chez les jeunes travailleurs… qui utilisent alors presque tous le budget mobilité pour financer leurs frais de logement. Mais dès que leur situation familiale évolue, on voit la voiture redevenir populaire. »

l2f : Pour conclure, quel conseil donneriez-vous aujourd’hui aux fleet & mobility managers ?

E.V.B. : « Centralisez toutes les données liées à la mobilité. Car même dans de grandes entreprises très professionnelles, nous constatons qu’elles restent encore fortement fragmentées. Le budget mobilité fédéral est traditionnellement géré par les RH, la voiture par le gestionnaire de flotte, tandis que les bornes de recharge et les vélos relèvent du procurement (achats), etc. Mon conseil serait donc de réunir tout cela au niveau organisationnel. Et évidemment, nous croyons fortement à l’idée de centraliser ensuite l’ensemble sur une seule plateforme par collaborateur… »

Kevin Kersemans

Kevin Kersemans, rédacteur de cet article

Kevin Kersemans est journaliste automobile avec plusieurs décennies d’expérience au compteur. Sa passion pour les voitures et tout ce qui fonctionne sur roues remonte à son enfance. Pour link2fleet, Kevin suit principalement l’actualité automobile et teste les dernières nouveautés.

Cet article parle de : A la une, Gestion de flotte, Mobilité
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