Publié le 30 octobre 2026 à 11:16
par Damien Malvetti

Renta Happening 2026 : le leasing accélère son électrification, mais réclame davantage de stabilité

Plus de 300 professionnels du secteur fleet se sont réunis le 29 octobre à Wolubilis pour le traditionnel Renta Happening. Si l’électrification du parc continue de progresser, les acteurs de la location doivent composer avec des véhicules plus coûteux, un marché incertain et des décisions politiques qui pourraient modifier durablement leur activité. Entre bilan et perspectives, la fédération a rappelé le poids économique et sociétal de son secteur.

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En ouvrant la soirée, Stijn Blanckaert, directeur général de Renta, est revenu sur une année riche en avancées. Parmi celles-ci figurent l’implémentation, en mars, de la nouvelle norme Renta, élaborée en concertation avec huit sociétés de leasing, ainsi que l’accueil de deux nouveaux membres : Poppy et Mercedes-Benz Financial Services. D’ici la fin de l’année, la fédération rejoindra également la House of Mobility, aux côtés notamment de FEBIAC et de TRAXIO, pour constituer un véritable pôle consacré à la mobilité.

Sur le plan fiscal, Renta a obtenu une avancée pour les utilitaires légers électriques en leasing opérationnel. Un avis favorable de l’administration ouvre aux loueurs l’accès à la déduction pour investissement thématique de 40 %, sous réserve du respect des conditions et de l’obtention d’une décision fiscale individuelle. Une évolution susceptible de renforcer la compétitivité de cette formule de financement.

Autre signal positif : le développement du private lease. Selon l’étude menée par la fédération, le nombre de voitures concernées a progressé de 22 % en un an, pour atteindre 16.074 unités au 31 mars 2026. L’électrique représente désormais 7,8 % de ce parc, soit presque deux fois plus qu’un an auparavant.

Le marché du long-terme en progression

Mais une édition du Renta Happening est surtout l’occasion de faire le point sur le marché de la location professionnelle. Au 30 juin 2026, les 63 membres de Renta totalisaient 680.708 véhicules, dont 647.868 en location longue durée et 32.840 en courte durée. Le parc global a ainsi progressé de 3,12 % en un an, porté par la longue durée, en hausse de 3,6 %.

L’évolution la plus marquante reste toutefois celle des motorisations. En un an, la part de l’électrique dans le parc longue durée est passée de 32,41 à 42,80 %, soit une progression de plus de dix points. Pour les seules voitures particulières, elle atteint même 46,69 %. Les utilitaires légers restent en retrait, avec une proportion de 11,37 %.

« Notre secteur est le moteur du verdissement du parc automobile », a insisté Stijn Blanckaert. Et cette transformation devrait se poursuivre : « En 2027, on aura dépassé les 50 % de véhicules électriques dans la flotte long terme de Renta. »

Cette transition s’accompagne néanmoins d’une pression sur les budgets. Au 30 septembre, l’investissement moyen en longue durée s’établissait à 38.238 euros, contre 35.329 euros en 2025, soit une hausse d’environ 8,2 %. Selon le directeur général, l’électrification, l’augmentation du prix des voitures neuves et l’incertitude du marché favorisent la prolongation des contrats. Leur durée moyenne atteint désormais 51 mois.

La courte-durée sous pression

Le contraste est net avec la courte durée, dont le parc a reculé de 5,51 % entre juin 2025 et juin 2026. « Quand l’économie vacille, cela se ressent directement sur le secteur du court terme », a souligné Stijn Blanckaert. L’électrification y progresse pourtant aussi : elle représente 7,68 % du parc, contre 4,09 % un an auparavant.

Pour illustrer la vitesse de transformation du secteur automobile, le directeur général est également revenu sur le voyage d’étude réalisé en Chine en avril par 22 membres de Renta. Les visites de centres de recherche, de sièges et d’usines de constructeurs comme BYD, XPeng et Xiaomi ont permis de mesurer leur capacité à développer rapidement de nouveaux produits. Voitures électriques, automatisation, robots ou encore conduite autonome : le rythme de l’innovation impose aux acteurs européens de rester particulièrement attentifs.

Stijn a notamment mis en avant le cas Xiamo. Initialement fabriquant de smartphones, l’entreprise a décidé de se lancer en 2021 dans la production de voitures électriques. En moins de 2 ans, la nouvelle marque présentait sa première voiture au grand public et à en lancer la commercialisation quelques mois plus tard. En à peine deux ans, elle a déjà mis 800.000 voitures sur la route et sorti un second modèle.

La soirée a également marqué le renouvellement de la collaboration entre Renta et Car-Pass pour lutter contre la fraude au kilométrage et renforcer la transparence du marché de l’occasion. Cet accord, initialement conclu en 2015, invite notamment les membres à transmettre chaque mois les kilométrages relevés lors des inspections de fin de contrat. Nouveauté majeure : lorsque l’état de santé de la batterie (SOH) d’un véhicule électrique ou hybride rechargeable est mesuré à sa sortie de flotte, le résultat et le rapport de test sont également appelés à être partagés avec Car-Pass. De quoi renforcer la confiance des acheteurs dans les véhicules électrifiés d’occasion. Il s’agit d’un engagement sectoriel volontaire, qui complète les obligations légales existantes sans en créer de nouvelles.

Renta Johan Portier

Pas de budget "d'immo-bilité"

Prenant ensuite la parole, Johan Portier, président de Renta, a élargi le débat aux défis qui attendent la profession : intelligence artificielle, obligation annoncée du budget mobilité et instabilité du cadre politique.

Face aux nombreux débats autour de la voiture de société ces dernières semaines, il a défendu le rôle économique et sociétal de la voiture de société, en évoquant les emplois qui y sont liés et le pouvoir d’achat qu’elle procure à ses bénéficiaires. Selon lui, les quelques 600.000 voitures recensées auprès des membres permettent à près de deux millions de Belges de bénéficier d’une solution de mobilité, en tenant compte de leur entourage.

« Le débat autour de la voiture de société est bien plus nuancé que ce qu’on peut souvent lire ces derniers mois dans les médias. Laissons encore davantage de citoyens bénéficier de cet avantage », a-t-il plaidé.

Le président s’est notamment inquiété des conséquences possibles du budget mobilité. Selon l’estimation qu’il a évoquée, celui-ci pourrait entraîner une diminution de 13 % du nombre de voitures de société. Il redoute qu’une partie des bénéficiaires privilégie le financement du logement via le deuxième pilier, sans nécessairement adopter davantage de solutions alternatives de déplacement. D’où son appel à ne pas transformer le dispositif en budget d’« immo-bilité ».

Johan Portier a également cité le projet de vignette automobile parmi les dossiers susceptibles d’affecter le secteur. Il a enfin demandé davantage d’attention pour la location courte durée, dont il a rappelé le rôle crucial dans la réponse aux besoins temporaires de véhicules.

Focus sur la digitalisation avec Mobeyond

La digitalisation constituait l’autre grand volet de la soirée. Bart Claes, qui prendra la direction de Renta Solutions et de Mobeyond le 16 novembre, a présenté les chiffres de cette activité. Mobeyond est la marque sous laquelle le groupe développe ses plateformes numériques reliant les loueurs et gestionnaires de flottes aux concessionnaires, réparateurs et autres prestataires. Ces outils automatisent les opérations tout au long de la vie du véhicule, des commandes aux entretiens, en passant par les amendes.

Sur les neuf premiers mois de 2026, 89.922 véhicules livrés ont été enregistrés via ORD–MobiOrder, pour un investissement total d’environ 3,47 milliards d’euros. L’investissement moyen atteint 38.616 euros par véhicule. Surtout, 74,6 % de ces livraisons concernent des véhicules électriques. L’écart entre voitures particulières et utilitaires reste considérable : les volumes présentés correspondent à environ 80 % de voitures électriques, contre près de 17 % d’utilitaires électriques.

Les données de MRT–MobiTech illustrent, elles, l’ampleur de la gestion quotidienne : plus de 1,14 million de travaux enregistrés, 691.606 véhicules gérés et un coût moyen par intervention de 339,72 euros. À cela s’ajoutent 357.158 pneumatiques, représentant quelque 80,7 millions d’euros. MobiFines couvre pour sa part 587.358 véhicules et affiche environ 990.000 amendes routières traitées.

Derrière ces volumes, l’enjeu reste de simplifier l’expérience des utilisateurs. Comme l’a résumé Bart Claes : « Un client n’achète pas une voiture, il achète une mobilité sans contrainte. »

Pour clôturer la séance académique, le politologue Jonathan Holslag, de la Vrije Universiteit Brussel (VUB), a replacé les défis du secteur dans leur contexte géopolitique. Il a proposé un éclairage sur les rapports de force entre la Chine et l’Europe. Spécialiste de la politique et de l’industrie chinoises, il a dressé un tableau saisissant des capacités industrielles et d’innovation de la Chine et de la menace qu’elles représentent pour l’industrie européenne. Un propos qui faisait écho au voyage d’étude organisé par Renta plus tôt dans l’année, sans céder pour autant au fatalisme : l’Europe dispose encore d’atouts pour défendre sa place et rester compétitive.

Un sujet qui ouvre le débat et qui a certainement animé en partie les échanges durant la soirée de dîner-cocktail pendant laquelle le networking a occupé une place importante.

Damien Malvetti

Damien Malvetti, rédacteur de cet article

Damien Malvetti a une formation de journaliste et est passionné par les voitures, la technologie et la mobilité. Il est responsable du contenu éditorial de link2fleet et possède une connaissance approfondie du secteur des flottes et de la mobilité électrique.

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