Mondial de l’Auto de Paris 2026 : les Chinois en force, les concepts à foison et quelques vraies nouveautés
Après deux éditions plutôt timides, le Mondial de l’Auto de Paris retrouve des couleurs. Les constructeurs sont revenus en nombre, les visiteurs peuvent à nouveau découvrir une offre automobile particulièrement diversifiée et les stands rivalisent de créativité. Mais derrière cette renaissance se cache un constat plus nuancé : les véritables nouveautés sont finalement assez rares, les concept-cars se multiplient et les marques chinoises occupent désormais une place presque aussi importante que les constructeurs historiques. Nous avons arpenté les allées du salon pour en retenir l’essentiel.
Il y a encore quelques années, certains se demandaient si les grands salons automobiles avaient un avenir. La pandémie, les coûts de participation et la volonté des constructeurs d’organiser leurs propres événements avaient progressivement vidé les halls des salons traditionnels. Le Mondial de Paris n’avait pas échappé à cette tendance, avec deux dernières éditions marquées par de nombreuses absences. Seul Bruxelles semblait encore tirer son épingle du jeu.
En 2026, le constat est bien différent. Presque tous les grands groupes automobiles ont répondu présent à Paris, à quelques exceptions notables près, parmi lesquelles BMW, Nissan ou encore MG. Les stands sont nombreux, les mises en scène impressionnantes et l’automobile semble avoir retrouvé sa place dans la capitale française.
Mais cette renaissance est aussi révélatrice d’une profonde transformation du marché. D’abord parce que les constructeurs chinois sont désormais omniprésents, avec des stands qui n’ont parfois rien à envier à ceux des marques européennes. Ensuite parce que les concept-cars semblent avoir pris le pas sur les véritables nouveautés de série. Chez les constructeurs français notamment, les exercices de style se multiplient, entre réinterprétations de modèles historiques et visions plus ou moins réalistes de la mobilité de demain. Mais combien arriveront réellement au stade de la production ?…
Hyundai : des nouveautés concrètes plutôt que des promesses
Dans ce contexte, un constructeur se distingue particulièrement : Hyundai. Alors que beaucoup de marques ont choisi de faire rêver les visiteurs avec des concepts, Hyundai est arrivé à Paris avec plusieurs nouveautés destinées à enrichir concrètement sa gamme.
Le constructeur coréen exposait notamment sa nouvelle IONIQ 3, que nous avons déjà eu l’occasion de découvrir en détails et de tester, mais aussi les nouvelles générations des Tucson et Bayon. Deux modèles importants pour la marque, qui entend continuer à défendre ses positions sur le marché européen dans un contexte de concurrence toujours plus intense.
Le Tucson reste un pilier de la gamme Hyundai, notamment auprès des clients professionnels. Son renouvellement constitue donc un enjeu stratégique pour le constructeur, qui doit continuer à séduire tout en répondant aux attentes d’une clientèle de plus en plus exigeante. Look entièrement revu et qui adopte le futur langage stylistique de la marque, dimensions agrandies, technologies plus évoluées, et choix entre des motorisations hybrides et PHEV, le Tucson a de nombreux atouts pour rester le numéro 1 des ventes aux particuliers sur le segment C-SUV. Reste un seul bémol pour le marché fleet belge, il n’est pas disponible en version full électrique.
Le Bayon, positionné sur le segment des SUV urbains, poursuit quant à lui sa carrière avec une nouvelle génération destinée à renforcer la présence de Hyundai sur un marché particulièrement concurrentiel. Exit le crossover qui avait du mal à trouver sa place au sein de la gamme, la 2e génération devient un vrai SUV et le revendique clairement grâce notamment à des passages de roues noirs et des lignes plus robustes. Mais là non plus, l’électrique n’est pas au programme.
Outre l’IONIQ 3 parmi les nouveautés du stand Hyundai, il fallait se tourner vers le Staria. Après avoir été proposé en diesel puis en PHEV, le monospace devient 100% électrique. Il arbore un habitacle particulièrement spacieux et une silhouette immédiatement reconnaissable. Mais Hyundai ne compte pas limiter son utilisation au transport de personnes. Une déclinaison Cargo est également prévue, ouvrant de nouvelles perspectives pour les professionnels à la recherche d’un véhicule utilitaire électrique offrant un important volume de chargement jusqu’à 5,4 m3 et une charge utile dépassant légèrement 1 tonne. Le tout est propulsé par un moteur électrique de 248 ch alimenté par une batterie de 84 kWh qui annonce une autonomie WLTP de 450 km.
Les autres vraies nouveautés
Ailleurs dans les halls, les nouveautés ne manquaient pas totalement, même si elles étaient parfois noyées au milieu d’une multitude de concept-cars.
Chez Smart, la principale attraction était la #2, qui marque un retour aux sources pour la marque. Après avoir considérablement élargi sa gamme avec des modèles de plus en plus imposants, Smart renoue avec l’esprit de la petite citadine qui avait fait son succès. Une orientation intéressante à l’heure où les voitures électriques urbaines abordables restent encore trop peu nombreuses.
Volkswagen présentait de son côté l‘ID. Tiguan, un modèle important dans sa stratégie électrique. Avec cette appellation, la marque allemande continue de rapprocher sa gamme électrique de ses modèles historiques, une évolution qui pourrait contribuer à rendre son offre plus lisible pour les clients.
Chez Audi, l’A2 e-tron attirait également l’attention. Le retour de cette appellation rappelle évidemment l’A2 originale, dont la conception était particulièrement novatrice pour son époque. Sa réinterprétation électrique témoigne de la volonté de la marque aux anneaux d’explorer de nouveaux segments.
Les marques européennes n’étaient pas en reste. Dacia dévoilait une nouvelle Spring, un modèle particulièrement important sur le marché des voitures électriques accessibles. Fiat présentait les Grizzly et Grizzly Fastback, deux propositions qui viennent enrichir son univers stylistique, tandis que Kia mettait en avant son nouveau Seltos.
Chez Leapmotor, les visiteurs pouvaient découvrir les B03 et D19, deux modèles supplémentaires qui témoignent de la volonté du constructeur chinois, soutenu en Europe par Stellantis, de rapidement étoffer sa gamme. Tandis que Lynk & Co présentait en première européenne son brake 07 GT aux performances très prometteuses.
Les constructeurs chinois ont pris leurs quartiers à Paris
Mais la véritable révolution de cette édition 2026 ne se trouvait peut-être pas dans les nouveautés elles-mêmes. Elle était surtout visible dans la répartition des stands.
Impossible, en effet, de parcourir les halls sans être frappé par l’importance prise par les constructeurs chinois. Ils ne se contentent plus de quelques mètres carrés dans un coin du salon : ils occupent désormais des espaces imposants, présentent des gammes complètes et affichent des ambitions qui dépassent largement le seul marché des voitures électriques abordables.
Aux côtés de BYD qui fait évidemment figure de poids lourd de cette offensive, une multitude d’autres marques entendent également se faire une place sur le marché européen. Nous avions d’ailleurs pu en découvrir quelques-uns lors de notre voyage au Salon de Pékin en avril dernier. Ils arrivent désormais en Europe…
C’est notamment le cas de Li Auto, dont la présence ne passait pas inaperçue. La marque exposait une gamme particulièrement diversifiée, comprenant notamment de grands SUV et même des monospaces. Son positionnement est clairement premium, avec une attention particulière portée à l’espace intérieur, au confort et aux équipements technologiques.
Même constat chez Aito, qui pousse encore plus loin le curseur du luxe. Ses modèles se distinguent par des habitacles extrêmement spacieux et une présentation particulièrement soignée. Certains grands SUV affichent d’ailleurs des lignes qui ne sont pas sans rappeler celles de modèles Porsche.
GAC impressionnait pour sa part par l’étendue de son offre. De la petite citadine au grand SUV électrique familial, le constructeur semble vouloir couvrir presque tous les besoins du marché.
Autre acteur à suivre de près : Chery, qui poursuit son offensive européenne avec ses marques OMODA et JAECOO. Le groupe entend se faire une place avec des modèles aux prestations de plus en plus convaincantes, tant sur le plan du design que de la qualité perçue. Et ajoute désormais une troisième marque à son portefeuille, tout simplement nommée Chery. Elle débarque avec une gamme complète de véhicules hybrides et PHEV, mais aussi avec une petite citadine 100% électrique très prometteuse, la Chery Q. Outre une autonomie de 400 km, elle propose un espace intérieur incroyable et une qualité de finition assez épatante, sans compter un coffre de 375 litres et un frunk de 70 litres dont le capot s’ouvre électriquement.
Geely était également présent, avec une gamme très variée et plutôt qualitative. Elle se positionne également sur le segment des petites citadines électriques avec sa E2. Visuellement très semblable à la Chery Q, elle arbore tout de même un niveau de qualité plus faible.
À l’inverse, Changan nous a plutôt agréablement impressionnés. La marque exposait une gamme de véhicules électriques assez complète, avec des finitions soignées et des habitacles qui témoignent des progrès considérables réalisés par l’industrie automobile chinoise.
Il faut également citer AVATR, marque du groupe Changan, qui mise sur un design particulièrement affirmé et une approche résolument technologique pour se différencier.
Enfin, Denza, marque premium du groupe BYD, mérite une attention particulière puisqu’elle s’installe actuellement sur le marché belge. Son positionnement haut de gamme confirme que les constructeurs chinois ne comptent plus se limiter aux segments d’entrée et de milieu de gamme.
Les concept-cars : beaucoup de rêve, moins de concret
L’autre grande tendance de cette édition est la multiplication des concept-cars. Les constructeurs français se sont particulièrement illustrés dans cet exercice, avec une série de propositions parfois spectaculaires. Les références au passé automobile sont nombreuses, comme en témoignent la réinterprétation de la mythique Citroën 2CV, y compris dans une déclinaison utilitaire. Le concept est plutôt prometteur et Citroën a déjà annoncé sa production en série. La version utilitaire devrait, quant à elle, en rester au stade de projet.
Parmi les autres concepts, on a pu découvrir le Renault E-Space, réinterprétation du concept du tout premier Espace sorti dans les années 80, la Peugeot E-T16, qui réinterprète les lignes de la Peugeot 205 T16, championne des rallyes, dans une version moderne avec 3 moteurs électriques et… 816 ch.
Chez Fiat, la Multiplina est une version 4 places et très Dolce Vita de la petite Topolino qui n’est pas sans rappeler la 600 Multipla des années 50, tandis que la Multiplay pousse encore plus loin le concept du Multipla d’époque en proposant un véhicule à la fois familial pouvant accueillir 6 passagers, mais aussi pratique puisqu’il peut se transformer en pick-up. Non, ce n’est pas la future C3 Pluriel de Stellantis… Cette voiture restera un laboratoire. Elle n’est pas destinée à voir le jour et c’est bien dommage.
Chez DS Automobiles, c’est la F3ver (lisez Fever) qui préfigure la future DS 3 qui est la star du stand.
Tous ces concepts ont évidemment leur place dans un salon automobile. Ils permettent aux designers de s’affranchir des contraintes industrielles et offrent un aperçu des orientations stylistiques que pourraient adopter les marques dans les prochaines années.
Le retour des monovolumes ?
C’est un sujet que j’abordais déjà en 2023: les monovolumes vont-ils faire leur grand retour sur le marché européen ? Au Mondial de Paris en tout cas, ils étaient nombreux à poser fièrement sur les stands des constructeurs chinois notamment. Li Auto en propose plusieurs, Denza exposait son D9, Forthing son TK7 et XPeng dévoilait son X9. Il faut dire que le marché chinois est friand de ce type de carrosserie pour son habitabilité inégalable. Mais les constructeurs européens semblent aussi s’intéresser à nouveau à ce marché. Mercedes exposait son VLE, Hyundai son Staria en version familiale et puis Renault et Stellantis réinterprète des monovolumes emblématiques sous la forme des E-Space et Multiplay. Même si ces deux derniers concepts ne fouleront à priori jamais le bitume dans une version de série et que les propositions chinoises ne seront logiquement pas non plus proposées chez nous, cela prouve que l’intérêt pour ce format revient, comme si l’automobile, à l’instar de la mode, n’était qu’un éternel recommencement…

